Cinéma

THE US VS JOHN LENNON

En 1969, John Sinclair écope de dix ans de tôle pour avoir refourgué de la Marie-Jeanne à une agente du FBI déguisée en hippie. Sinclair est le manager du MC 5 et fondateur du White Panther Party, mouvement radical inspiré par les Black Panthers et qui prône la révolution via le rock, les drogues et l’amour physique, ainsi que proclamé dans leur manifeste jouissif de 1968:

« Nous sommes une bande de fils de pute arrogants et on n’en a rien à foutre des flics ou de n’importe quel cloporte de mon cul obsédé d’autorité et de contrôle qui veut nous rabaisser. […] Notre programme de rock’n’roll, de dope et de baise dans les rues est un programme de liberté totale pour tout le monde. […] Nous respirons la révolution. Nous sommes des barjots de l’univers carburant au LSD. On fera tout ce qu’on peut pour faire perdre la tête aux gens et les faire rentrer dans leur corps. » *1 En cette fin de décennie, l’Oncle Sam est devenu chatouilleux. Au cours de la convention démocrate de 1968 à Chicago, il fait tabasser et emprisonner des centaines de jeunes manifestants devant les caméras du monde entier. Dont les Yippies Jerry Rubin et Abbie Hoffman, qui feront de leur procès un foutage de gueule légendaire.

Cet événement fera basculer le reste de la décennie dans le chaos: en conséquence du grand matraquage de l’Illinois, les mouvements protestataires étudiants se radicalisent. Comme l’exprime alors Hunter S. Thompson, plume d’influence à Rolling Stone Magazine, « cette semaine à Chicago a altéré de manière permanente la chimie de mon cerveau, et ma nouvelle idée – quand je me fus finalement calmé – était qu’il n’y avait aucune possibilité pour une trêve d’aucune sorte, pour moi, dans une nation qui pouvait enfanter et être fière d’un monstre malveillant comme Chicago. Soudainement, il apparaissait impératif de mettre la main sur les personnes qui s’étaient faufilées d’une manière ou d’une autre jusqu’au pouvoir et avaient causé ça. » *2

 Le SDS, le parti de la gauche étudiante né de la déclaration de Port-Huron, explose. Une entité de vrais comploteurs radicaux émerge d’un brouillard de drogue : les Weathermen.C’est la fin du Flower Power. Le grand prêtre du mouvement psychédélique, Timothy Leary, pète les plombs, et après une longue cavale en Europe puis en Afrique, il déclare que « tirer sur un policier-robot-génocide en défense de la vie est un acte sacré. » *3.

Au festival d’Altamont, les Hell’s Angels poignardent un spectateur noir devant la scène où jouent les Rolling Stones. Un groupe de Weathermen se fait sauter accidentellement en assemblant une bombe. Par la même occasion, ils détruisent l’appartement voisin, dont le résident, un certain Dustin Hoffman, était heureusement absent au moment de la déflagration. Charles Manson et sa clique de psychopathes défoncés font irruption dans l’appartement de Roman Polanski et égorgent sa compagne d’alors, Sharon Tate. Quand Hollywood morfle, c’est toute l’Amérique qui demande des comptes. 

Les rock-stars tombent les unes après les autres. Tout fout le camp. C’est la grande débandade cosmique. Qui pourra redonner un peu d’espoir à toute une génération? Qui, sinon un ancien Beatle ? Ringo Starr étant occupé à démanteler un réseau de narcotrafiquants en Bolivie et Harrison assurant l’intérim du prince Khenmalaya au Tadjikiristhan, ce sera Lennon. 

Lennon tombe amoureux de New York et choisit de s’y installer avec Yoko. Fatalement, le couple du musicien rebelle et de l’artiste allumée polarise toute la bohême New-Yorkaise. Leurs excentricités leur valent une attention médiatique de tous les instants. Leur discours de paix et d’amour, un dossier au FBI. Les hommes de Hoover surveillent ostensiblement les faits et gestes du chanteur, lequel trouve matière à inspiration dans ce cirque: « Power To The People », « Happy X-Mas (War Is Over) », « Give Peace A Chance », « Gimme Some Truth » sont autant de slogans nés de cette période et dirigés contre le gouvernement des Etats-Unis. Et sans vouloir jouer les exégètes, on peut penser que des titres comme « Mind Games », « Scared » et « I’m Stepping Out » dévoilent des perspectives plus personnelles de Lennon par rapport à la surveillance dont il se savait l’objet.  

« The US Vs John Lennon » de David Leaf et John Scheinfeld traite justement des rapports entre le FBI, le gouvernement des Etats-Unis et John Lennon dans les années 70. Les auteurs du film s’attachent à démontrer que le dossier Lennon a remonté jusque très haut dans les sphères du pouvoir. Pour illustrer l’influence du chanteur sur l’opinion, plusieurs intervenants nous répètent que sa participation à un festival de soutien à John Sinclair a favorisé la libération anticipée de ce dernier. Lennon jouit en effet d’une popularité immense chez les jeunes, en tant qu’ancien élément le plus subversif du groupe le plus regretté au monde. Et il ne fait aucun mystère de son aversion pour l’administration Nixon et la sale guerre qu’elle perpétue.  Que ça soit en passant des jours entiers au lit à parler de paix et d’amour sous l’œil des caméras ou en invitant Bobby Seale des Black Panthers sur un plateau de télévision, il se fait le poil à gratter du pouvoir. Il devient tout naturellement le héraut de la survivance contestataire : « Le Flower Power n’a pas marché. Et alors ? Nous sommes encore là. Le combat continue. » Mais la thèse du film selon laquelle l’administration Nixon se sentait menacée par le rocker ne tient pas debout si on considère la popularité massive dont jouissait le président avant que le scandale du Watergate ne prenne toute son ampleur (Nixon est réélu à la présidence par un score de plus de 60% en 1972). Ce sont les journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein (tuyautés par le fameux « Deep Throat ») qui feront tomber Nixon, pas Lennon.  La mise sous surveillance de Lennon était plus probablement le fait d’un « cloporte de mon cul obsédé d’autorité et de contrôle » qui n’avait rien de pire à faire de son temps au FBI, plutôt qu’un ordre direct de l’entourage du président. Il est notoire qu’Edgar Hoover passait son temps à collecter des renseignements sur tout ce qui respirait dans l’univers durant ses années de règne au FBI.  Car rien n’indique que Lennon se propose de faire sauter Dustin Hoffman. On ne lui connaît pas de disposition à égorger les vedettes pour barbouiller des slogans foireux avec leur sang. D’après le principal intéressé, ce harcèlement n’est qu’une question de trombine. Sa tronche, semble t-il, ne revient pas aux garants de l’autorité: « déjà, à l’école, c’était pareil », affirme t’il candidement.  

En tant que documentaire, « The US vs John Lennon » ne casse pas des briques. L’intérêt du film réside moins dans les témoignages compassés des retraités cravatés du FBI et des gauchos rangés que dans ces images d’archives d’un Lennon amoureux, militant, inspiré, plein de défi. C’est une joie de le voir triompher de l’administration après des années de harcèlement portant sur son statut d’immigrant. Lennon apprend la nouvelle du succès de ses recours alors même qu’il sort de l’hôpital dans lequel vient de naître son premier fils. 

Hélas… la période heureuse de papa-poule à New York sera de courte durée. En 1980, comme chacun sait, John Lennon est abattu par un désaxé devant le Dakota Building où il résidait, à quelques pas de Central Park.  On peut voir une mosaïque à la mémoire du chanteur dans la section du parc en forme de larme appelée « Strawberry Fields ». Encore aujourd’hui, on vend partout des affiches de Lennon portant un T-Shirt « New York City ». Preuve que les gens l’aiment, sa fameuse trombine. Avec celui du panda, le faciès de Lennon est le seul capable de sauver un documentaire bancal. A quand un documentaire sur la mise sur écoute de Jack, le panda mâle du Zoo de Los Angeles?  

 

Joe L’Trembleur 

 

*1 « We are a bunch of arrogant motherfuckers and we don’t give a damn for any cop or any phony-ass authority control-addict creeps who want to put us down […] Our program of rock’n’roll, dope and fucking in the streets is a program of total freedom for everyone. […] We breathe revolution. We are LSD-driven total maniacs of the universe. We will do anything we can to drive people crazy out of their heads and into their bodies  ».  *2  « That week in Chicago permanently altered my brain chemistry, and my new idea-when I finally calmed down-was an absolute conviction that there was no possibility for any truce, for me, in a nation that could hatch and be proud of a malignant monster like Chicago. Suddenly, it seemed imperative to get a grip on those who had somehow slipped to power and had caused this thing to happen. »   *3  « To shoot a genocide robot policeman in defense of life is a sacred act ». 

 

3 Commentaires pour “THE US VS JOHN LENNON”

  1. Cher X-Ray Cat : vérification faite auprès de différentes sources, ça ne semble pas s’être pas passé le même jour mais à quelques jours d’écart (les avis divergent). Mea Culpa, mais « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ». Cher Greg: il s’agit bien de l’acteur Dustin Hoffman, voir le lien ci-haut.

  2. greg dit :

    dustin hoffman ??? Que fait il dans cette histoire ? Ce ne serait pas plut0t abbie hoffman ? Et jai trouver le film très bon… Pour ce qui est de la naisance de son fils et tout le tralala, m^m si ca n’est pas important, c’est toujours sympa a savoir… =)

  3. xraycat dit :

    « Lennon apprend la nouvelle du succès de ses recours alors même qu’il sort de l’hôpital dans lequel vient de naître son premier fils. » ???

    Ah bon! Ben ça c’est de l’info…
    Ou le docu est vraiment naze ou le rédacteur de l’article devrais relire la biographie de Lennon avant de poster…

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