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Just a walk, just a fake ?

C'est incroyable comme le fait d'enfoncer des portes ouvertes peut s'apparenter à un exercice de haute voltige : l'absence de la résistance du bois sur l'épaule  peut provoquer une chute dont la gravité est conditionnée par  la hauteur des branches.

Nos artistes contemporains, aimant scier celles qui les accueillent, n'hésitent parfois pas à nous asséner des lieux communs enrobés de galimatias jargonneux au nom d'une contemporanéité revendiquée.

L'exposition "Just a Walk" à la Criée – Centre d'art contemporain de Rennes –  est une belle illustration de cet état d'esprit : elle montre comment la mauvaise foi et les moyens techniques peuvent tenter de dissimuler l'insondable vacuité d'un discours artistique.

Or donc, décrivons la chose… Une vidéo d'eau coulant sur une vitre projetée sur un mur ; quelques paysages numériques exposés dans des caissons lumineux ; une vidéo d'un lent travelling dans une rue, une autre d'un personnage de dos tenant une fusée allumée, quelques typographies déformées en lettres de néon et à la mine de plomb,… A priori, la variété des supports d'expression laisse penser que nous avons à faire à un touche-à-tout.

Un petit coup d'oeil à la plaquette que l'on nous remet à l'entrée nous conforte : photographe, graphiste, vidéaste, installationniste, Josselyn Cottencin est vanté comme un être doué de tous ces talents. On apprend également que ce à quoi on assiste est le fruit de deux années d'un  travail élaboré au gré d'un voyage à travers l'Europe (Glasgow, Lisbonne, Porto,…), histoire de s'interroger sur "la pratique du déplacement" ou sur la notion de "territoires"construit dans l'intimité d'un individu. On y apprend également qu'à la vision de l'exposition, la possibilité d¹un récit fictionnel est laissée au spectateur en termes de flux et de rythmes, tout ça dans le but d'atteindre un ailleurs, une autre temporalité …

A ce moment, le spectateur lève les yeux, regarde autour de lui, et constate avec regret que la plaquette qu'il tient dans ses mains est la béquille sur laquelle l'artiste s'appuie pour faire passer la pillule. Le discours et la mise en oeuvre sont ici une compilation de tout ce qui fait le "rien" en art ; la malhonnêteté et le trucage transpirent, l'artiste tente de se dissimuler derrière sa posture verbeuse. L'ensemble est cependant bien réalisé : les caissons lumineux, la vidéo et les néons sont très probablement présents pour nous en mettre "plein la vue", pallier au manque de cohérence de l'ensemble, créer une scénographie où les moyens de mise en oeuvre prennent le pas sur le propos . L'art contemporain permet certes quelques interrogations sur nos fonctionnements, mais surtout nous donne à voir des individualités qui s'affirment et font irruption dans nos champs. Là, M. Cottencin ne fait rien d'autre que de nous faire profiter de ses deux ans d'une vacance payée par quelques institutions insensibles ou ignorantes, argant d'une posture "critique" plutôt que de nous faire profiter de l'acuité de son regard, de la justesse de son propos, de sa contribution à l'expérience du monde. Le pire, c'est que l'on ressort de là même pas choqué, ou amusé, ou encore triste, non, le vide de ce travail est véritablement exemplaire.

Il est des béotiens qui pensent que l'art contemporain est un vaste foutage de gueule. Il en est d'autres qui se prosternent systématiquement devant n'importe quel artiste, à partir du moment où celui-ci délivre un commentaire référencé de son oeuvre, dans une démarche d'auto-éxégèse. La sensibilité, la perception et le savoir-faire, termes volontairement ringardisés par une catégorie de cyniques, sont pourtant le c¦ur de la pratique de l'artiste depuis toujours.

Certains commanditaires feraient bien de les replacer au centre de leurs politiques d'achat.

2 Commentaires pour “Just a walk, just a fake ?”

  1. rubinvince dit :

    J’ai pas vu l’expo… mais j’ai souvent eu le même ressenti au cours de pas mal de monstrazzione… je crois que c’est l’époque ou les institutions qui demandent une forme de légitimation, qui tourne à la justification, devant ce grand encore inconnu qu’est un acte de création, avec ce grand apriori que tout doit faire sens, quitte à figer un peu le monde… après, que les lieux d’expo et surtout les musées deviennent des mosolés… bref… bienvenu dans un monde de com’
    Tiens, je te propose cette série, dans l’url/ tu lui donneras le sens que tu voudras… (cliquer sur l’image pour passer à la suivante)
    salut!

  2. tonio dit :

    tiens tiens même expo même sensation ; un vide absolu joliment décrit, enfin !

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