Papillote et Politique

ça s’en va et ça revient…

Comme l’annonce l’ouvrage « histoire de l’extrême droite en France » (Editions du Seuil), « on a pu et on pourrait encore cantonner l’étude de l’extrême droite durant ces années noires aux seuls collaborationnistes parisiens… mais c’est bien la droite extrême qui s’installe au pouvoir dès l’été 1940. »

Travail, Famille, Patrie !

Le slogan labellisé La Rocque a de beaux jours devant lui en cette période sombre… Et il séduit Pétain qui voit ainsi une doctrine toute faite pour « resserrer » l’identité nationale… on voit ainsi apparaître les notions de « droits naturels », « d’anti-individualisme, du refus de l’égalitarisme, d’une conception très fermée du nationalisme, d’un projet de rassemblement national, de l’anti-intellectualisme, du refus du libéralisme culturel… »

Et Pétain d’affirmer « l’individualisme tourne inévitablement à l’anarchie, laquelle ne trouve d’autre correctif que le collectivisme, source du communisme. »

 C’est dans ce contexte « particulier » qu’évolue le jeune Môquet, comme nombre de jeunes français, voire européens…

Môquet, fils d’un député communiste élu à l’assemblée nationale en 36, n’est pas résistant… il suit les consignes du parti communiste français qui lui-même prend ses ordres chez Staline, pas encore occupé à jouer avec ses orgues… Le PCF d’alors reste fidèle au pacte germano-soviétique de 1939 et ne prend pas part à « cette guerre impérialiste »… C’est pour cette raison que Daladier dissout le PCF en 1939 et fait interner nombre de députés rouges, dont le père Môquet…  En octobre 1940, Guy Môquet se fait rafler par la police française pour « avoir distribué des tracts contre  l’occupation et la collaboration »…

Il est plus que probable que le jeune communiste suivait la voie dictée par le PC et ne prenait donc nullement part à une activité « résistante »… Un témoin fait état de la campagne d’affichage du jeune Môquet pour la libération des internés dont son père fait partie… A cette époque, le père et le fils sont emprisonnés parce que gênant pour l’état français et non pour l’occupant… En juin 41, la donne change avec l’invasion de l’URSS par les allemands… le pacte est bafoué et le PC s’engage près des Gaullistes… Môquet et son père deviennent alors évidemment adversaires de l’Allemagne nazie. En octobre 41, trois jeunes communistes tuent un commandant allemand à Nantes, les occupants exigent l’exécution de 50 français en représailles… Le ministre de l’intérieur voit alors une occasion en or de se débarrasser de « rouges dérangeants » et livre une liste de noms communistes déjà emprisonnés… C’en est fait du jeune Môquet qui se verra postérieurement propulsé Super Résistant (Super, pour les intimes !) 

 Le culte du héros national 

C’est prendre de nombreuses libertés face à l’Histoire et faire acte de négativisme prononcé que de bombarder Guy Môquet illustre résistant et merveilleux sacrifié pour la patrie… C’est oublier volontairement le rôle de l’état français et milicien de l’époque, c’est faire abstraction de la profonde collaboration de la police française avec l’occupant… Comment peut on élever au rang d’Archive exemplaire la dernière lettre du jeune homme et faire silence sur le contexte et les circonstances qui ont amené cet état de fait ?

Alors que les années 60 et leur bouillonnement culturel nous avaient permis de rompre avec les faits d’armes de nos aînés, ces héros fatigués de tant de sur médiatisation allégorique qui fabriquaient des « Stakhanov » à la pelle, nous revoilà donc plongé dans les affres du passé… « Ecoutez, apprenez et expiez donc, jeunes de notre beau pays, traversez donc les eaux du Styx en notre compagnie, je vous guide, soyez en certain, en un bien beau royaume… Suivez les figures glorieuses de notre passé tumultueux et adorez ces exemples héroïques forgés dans la douleur et les larmes… »

Finis les adorateurs de Beatles et autres chevelus du Mersey Beat, révolues les idées fantasques du printemps 68, faisons fi de tous ces métissages improbables et de ces cultures souterraines… il n’est que temps de renouer avec le culte fort d’une nation forte, d’une nation exemplaire dont les jeunes portent fièrement la moustache… Il n’y avait rien de plus beau que le Tyrol en 1939, jamais Jeunesse n’a été aussi enchantée et nationaliste, arborant survêtement coordonnés et oriflammes empourprés… Et bien entendu, si on vous le dit, c’est que c’est vrai !   

Cassandra Complète  

 

4 Commentaires pour “ça s’en va et ça revient…”

  1. wanda dit :

    Merci Cassandra pour avoir rappelé ces moments sombres de notre histoire. D’autant plus pertinent que ces leitmotiv font echo aux nouvelles « valeurs » imposées par le locataire de l’Elysée, cuvée 2007.

  2. Onésime Grosbois dit :

    Ouais, excellent article contenant des faits insuffisamment évoqués en ces temps glorificatoires, où l’écran de fumée devient un sport national.

  3. Nichachien Reilly dit :

    De qui se Môquet-on!

  4. Louis Lefourbe dit :

    Merci chère Cassandra de jeter une lumière éclairante bien que crûe sur cette partie sombre de l’histoire française… Il va falloir qu’on arrête de lire cette p… de lettre, et de nous gonfler par la même occasion !

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