Cinq minutes plus tard, Kermarec avait sous les yeux
l'intégralité des e-mails que Gouaziou ne lirait
jamais. Il y en avait 13. Dont quatre messages en Espagnol en provenance de
plusieurs universités mexicaines. Huit courriers signés
Marie. Et un texte en Anglais sans nom d'expéditeur. "Do you have
an explanation ? If you are still with us, give us a sign. Jaguar still
waiting."
-Je ne voudrais pas me mêler de vos histoires, inspecteur, mais si
vous cherchez quelque chose de louche, c'est sûrement ce
truc-là. Vous voyez, le machin est anonyme. Ce qui n'est pas
très normal. En principe, l'identité de l'expéditeur
figure dans l'entête du message. Je vous parie que le truc a
été remailé.
-Ri-quoi ?
-Remailé. C'est à dire qu'il y a eu un intermédiaire,
un re-mailer, pour gommer la provenance réelle du message.
-Et vous pourriez le retrouver, ce rimêleur ?
-Non. Laissez tomber. Ces trucs-là sont fortiches. En
général, ils opèrent à l'étranger. On
n'arrive jamais à refaire tout le chemin jusqu'au départ du
message.
-Soit. Maintenant, autre chose. La fille-là. Comment je peux la
dénicher ?
-Facetoche, vous connaissez son e-mail. Elle est abonnée chez
Cointrocom, un provider sur Paris. Je peux vous donner leur
téléphone.
***
En route, pour le centre Bretagne, Gomez carburait à 190 km/heure au
volant d'une 205 GTI fraîchement livrée à la maison
Poulaga. Les branques chargés des achats avaient fini par comprendre
que même en province, les dernières R16 agonisantes devenaient
un tantinet obsolètes. Il était grand temps de changer de
montures s'il fallait continuer à courser les braqueurs de
Crédits Agricoles.
Ce que Gomez appréciait par-dessus tout dans son taff de keuf,
c'était justement la possibilité de carburer full
speed sans risquer l'amende ou le retrait de permis. Fallait bien
trouver des avantages pour compenser toute la mouise qu'on devait brasser
à longueur d'année : les ordres débiles. Les heures de
nuit. La paperasse. Les insultes. Les cons. Les junkies. Les arsouilles.
Les entôleuses. Leurs maques. Et surtout les costards-cravattes et
leurs putains d'abus de biens sociaux à la con.
En fait, Gomez s'était engagé chez les condés sans
vraie vocation. Parce qu'il faut bien croûter et que mieux vaut
être flic que végéter au chôm'du. Le
métier comportait un sacré paquet d'inconvénients.
Mais on se rattrapait sur quelques petits privilèges, comme celui de
pouvoir avaler 157 bornes en 54 minutes.

Copyright © 1996 Association BUG et DF Cette page a été réalisée par Oscar G
|