Chapitre 14
Kermarec a quitté l'appartement
du boulevard Beaumarchais vers 19 heures. Une R18 blanche l'attendait
dehors. Au volant, un gardien de la paix. Lunettes fumées.
Moustache. Chevalière en or.
-Salut vieille peau.
-Salut pov'naz.
Kermarec connaissait Philippe Le Meur depuis l'école maternelle.
Son
vieux pote besognait maintenant au commissariat du 3ème
arrondissement. Et il faisait partie de son réseau parisien.
Quand
l'inspecteur de province avait besoin d'un coup de main sur Paname, il
n'utilisait pratiquement jamais la voie officielle et
hiérarchique.
Trop long, trop compliqué, trop de cons dans les rouages. Le plus
simple consistait à solliciter la très efficace
"breizhoneg connexion". Car il y avait plus de Bretons dans la
volaille parigote que d'Auvergnats derrière les comptoirs.
-Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
-Tu vois les deux fenêtres, là au dernier étage?
-Ouais.
-Il faudrait que tu me fasses protéger la fille qui vit
derrière.
-Protéger ?
-Protéger et surveiller. Une bagnole en bas nuit et jour pendant
une
semaine. Et quelqu'un en civil pour les filatures. Tiens, voilà
cinq
milles balles pour les frais.

Huit mois auparavant, Kermarec avait démantelé une petite
filière de kif marocain. Des guignols qui importaient la dope
dans
un réservoir de camping-car. Rien de bien gros. Mais il avait
quand
même mis la main sur une valoche contenant 400 000 francs.
Naturellement, il s'était bien gardé de raconter ce
détail à sa hiérarchie. Pas vu, pas pris.
Placé
à 10%, l'argent faisait des petits dans une banque sur
l'île
de Man. Et les intérêts servaient à plein de trucs.
En
particulier à rémunérer des gars toujours preneurs
d'un petit extra. Les gardiens de la paix n'étaient pas
très
bien payés. Et la vie à Paris coûtait affreusement
cher. Alors quelques uns se débrouillaient pour complèter
par
une petite magouille de ci, de là. A une époque, une
bonne
petite combine avec les entreprises de fourrière permettaient
d'arrondir les fins de mois. Mais un abruti avait cafté.
Maintenant,
certains bleus officiaient comme vigiles, ni vus ni connus pendant leurs
heures de service. D'autres se dégottaient des heures sup au
noir,
à droite à gauche, histoire de mettre du beurre dans les
épinards. Et justement, le beurre, les Bretons adorent
ça.
-Essaye aussi de poser une bretelle en loucedé. Il se peut
qu'elle
trempe dans une histoire de stup. Je voudrais en avoir le coeur net. Et
Achtung ! On a retrouvé son petit copain sous deux
mètres de flotte, la gueule écrasée à coups
de
marteau.
-Ouais, j'ai lu ça dans Ouest-Torchon. T'as le temps de boire une
bolée ?
-Vite fait. Mon train quitte Montparnasse à 8 h 20.
-Alors on va s'en jeter un chez Ty Coz, c'est à
côté.
T'es toujours maniaque du porto ?

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réalisée par Oscar G