Chapitre 15
Faut jamais accepter un verre chez Ty
Coz. On y choppe des migraines de scaphandriers. A croire que cette
taverne
est parrainée par le lobby des fabricants d'aspirine.
Évidemment, Kermarec avait raté son TGV. Et c'était
le
dernier. Car la SNCF se couche avec les poules. A 20h30, plus un train
ne
circule. Plus une micheline. Même pas une draisine...
L'inspecteur
avait terminé la nuit chez Le Meur avant de grimper dans la
première rame du matin. En arrivant au bureau, il a compris qu'il
aurait du savon au café.
Le commissaire Zckiezstjuzcsky l'avait convoqué dans son bureau.
Malgré son blaze à coucher dehors, Zckiezstjuzcsky
était un lascar à prendre avec des pincettes.
Évidemment, ce gros saguouin trimbalait des origines polaques.
Pour
compliquer encore sa vie, ses vieux avaient insisté pour lui
refourguer aussi un prénom de là-bas. Lui, il aurait
préféré s'appeler Jean-Marc ou Paul ou n'importe
quoi
de plus portable que Sbigniev. Ce prénom lui vallait des
moqueries
et des beignes depuis la maternelle. C'est ce qui l'avait incité
à faire de la boxe dans son jeune temps.
Zckiezstjuzcsky s'était fait blackbouler de la BRB pour une
amourette avec une masseuse qui officiait sans diplôme dans la rue
Saint-Denis. L'IGPN avait fourré son groin dans cette idyle. Mais
elle n'avait reniflé aucun parfum de proxénétisme.
Alors on avait écrasé l'affaire. Et envoyé le
commissaire se faire voir chez les planteurs de Menhirs. En
découvrant son nom, les policiers Bretons avaient cru à
une
farce. Zckiezstjuzcsky avait dû pondre une note de service pour
expliquer que Sbigniew se prononçait "zbigueniou", un peu comme
"big
new" en Anglais. Peine perdue. Son sobriquet se promenait
déjà dans toutes les bouches : Bignou.
-Bon. Je vais être bref. J'en ai ma claque de vos conneries. Gomez
s'est fait toper par les képis de Saint-Broc à 200 km/h et
trois grammes.
-Quand ?
-Hier soir en rentrant de chez les Gouaziou.
-Et vous pouvez arranger le coup ?
-Avec le passif que je remorque, j'ai juste le droit de la boucler. Je
ne
peux couvrir personne. Mais si ce merdier m'éclabousse, j'envoie
Gomez règler la circulation aux Kerguelen. Capito ?
-Comprendo. Je peux passer un coup de bigo ?
-Je vous en prie.
L'inspecteur de police possédait quelques connexions dans la
maréchaussée. En particulier le commandant de Penfeldpeyo
qui
avait décroché son Bac grâce au brouillon de math
que
lui avait refilé Kermarec. Aujourd'hui, patron de la gendarmerie
de
Brest, l'officier s'en souvenait.
-Erwann, si cela se passait chez moi ou si tu m'avais appelé tout
de
suite, je t'aurais arrangé ça sans trop de
problèmes.
Mais maintenant, c'est un peu tard. Les rapports sont déjà
pondus.
-Ecoute, je te propose un deal. Appelle ton pote à Saint-Broc et
demande-lui de shunter le truc. Faut surtout pas que les canards
l'apprennent. Si vous mettez en sourdine, je vous file un beau
démantèlement de stup.
-C'est quoi cette affaire ?

-On surveille un trafic depuis six mois. C'est pas du gros. Mais c'est
spectaculaire. Avec ça, tu es à la télé
demain... C'est un petit malin qui fait venir du shit en avion
d'angleterre. Cinq kilos par mois. C'est comme cela qu'il se paye ses
heures de vol.
-Pourquoi vous n'intervenez pas ?
-On prévoyait de faire un flag en janvier. Mais si vous
écrasez pour Gomez, je vous file le dossier. La prochaine
livraison a lieu le week-end prochain...
***
Philippe Lemasson est entré dans le bureau avec une collection de
clichés humides. Des 18 x 24 cm tout juste sortis de la chambre
noire. Un âcre parfum d'hyposulfite naviguait dans son
sillage.
-Dis donc Erwann, il est vâchement bate le Beisseler que t'as
trouvé à Emaüs.
-Ouais, il possède un bon piqué. Je l'ai eu pour 800
balles.
Tu as quelque chose d'intéressant ?
-Près de 1000 tronches. Surtout des p'tits jeunes et des zikos.
Cela
m'étonnerait que les Messerine du coin viennent écluser
aux
Tontons.
-N'empêche que les macchabées y poussent un peu facetosh.
Laisse les photos sur mon burlingue, je les materai quand j'aurai cinq
minutes. Tu as du nouveau ?
-Mannebét. Rien de plus dans l'appart. Rien dans le bar.
Ah
si peut-être un truc. D'après les traces de sang, il
semblerait que le gus au crâne écrasé n'ait pas
été charcuté sur le bord du canal. Il a
été débarqué d'une bagnole.
-Tu t'es occupé de l'ordinateur ?
-Ouais, ça y est. J'ai trouvé un Macintosh. On a ouvert
une
connexion et on récupère directement les e-mails de
Gouaziou.
-De nouveaux courriers ?
-Jawohl herr Inspektor. Un message d'un prof mexicain à
propos d'un colloque.
-Tu jacte l'espingouin toi?
-Un poquito. Ma femme est de Barcelone.
-Ah oui, c'est vrai...
Kermarec a détourné les yeux. Les yeux, ça
trahit...
-Tu pourrais te charger d'écrire un e-mail standard pour informer
les gens que Gouaziou est mort et que s'ils détiennent des infos,
on
est preneur.
-Ok, je te fais cela. Je pensais à un autre truc. Si les
enfarinés qui ont piqué son Mac essayent de l'utiliser
pour
se connecter sur Internet, ils vont forcément appeler le modem du
provider.
-Ouais et alors ?
-Et alors, on pourra les identifier immédiatement parce qu'on
connait le numéro d'IP.
-Tu peux causer Français s'il te plait ?
-L'IP, c'est le numéro d'identification de la machine de Gouaziou
sur le réseau. Si tu utilises cet ordinateur pour surfer sur le
réseau...
-Pour surfer ?
-Ouais, c'est le terme consacré. Pour te promener si tu
préfères. Donc si tu veux surfer, tu dois passer par ton
provider. Et ton ordinateur lui donne son numéro pour
s'identifier.
A partir de là, c'est comme un appel téléphonique
ordinaire, il y a moyen de savoir d'où il a été
passé....
-Toi tu commences à beaucoup me plaire. Tu peux t'en occuper
?
-No problemo. Ah, au fait, avant que j'oublie, Lefoll a
essayé de te joindre hier.

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réalisée par Oscar G