Chapitre 18
Le commissaire "Bignou" Zckiezstjuzcsky
faisait tourner une petite cuillère dans un gobelet de
café
lyophilisé. Gomez et Kerarec l'immitaient de l'autre
côté du burlingue en mélaminé.
-Je vais être clair les petits loups. Jusqu'à
présent,
on s'en tamponnait un peu de cette zigouillerie aux Tontons Flingueurs.
Mais maintenant les cachalots de la télé sont dessus. Pas
besoin de vous dresser un topo. Vous avez une piste ?
-Mannebet.
-Kermarec, arrêtez de baragouiner en Breton. Vous me donnez
déjà assez de soucis.
-On nage complètement. Un popof sans papelard se fait trucider
par
un flingue moyenageux estampillé CIA. Un étudiant bien de
chez nous et sans hitoire se fait écrabouiller la cervelle la
même nuit juste à côté. Ce gars-là
farfouillait dans les archives du KGB pour en savoir plus sur
l'assassinat
de Trotsky. Son appartement a été fouillé par
quelqu'un qui a embarqué l'ordinateur. Et ce n'est pas tout : ils
sont communistes dans la famille Gouaziou.
-Je vois le genre. Je vous informe à tout hasard que les gars de
la
DST se sont mis sur l'affaire à titre officieux.
-Qu'est-ce qu'ils en pensent ?
-M'ont pas dit. Mais à mon avis z'ont flairé du gros. Vous
savez que sur le campus, il y a un paquet de laboratoires qui bossent
pour
la défense.
-Ouais, mais Gouaziou faisait des études de lettres. Rien
à
voir avec le schmilblick...
-Admettons. Vous avez les résultats pour la camionnette ?
-Apparemment, elle revient d'un petit pique-nique à la campagne
car
il y a des ronces autour des essieux. Naturellement, à
l'intérieur, on a retrouvé du sang bien sec. Deux doigts.
Une
pince coupante, un marteau, du shaterton.
-Côté empreintes ?
-Queudale. Le type a passé un coup de chiffon avant de larguer sa
caisse.
-C'est une histoire qui pue...
-Gomez, on vous dispense de vous ridiculisez... Autre-chose ?
-Ouais, le kilométrage. Gouaziou ou ses assassins ont fait 344
bornes avec le fourgon. Ce qui pourrait correspondre grosso modo au
trajet
pour aller et revenir de chez ses parents. Mais il n'a pas mis les pieds
à la ferme à la date en question. On a
vérifié.
Par ailleurs, on sait qu'il a loué le Mercedes pour transporter
un
truc pesant 4 tonnes. Un pondéreux. Pas forcément quelque
chose de volumineux.
-Est-ce qu'on peut tasser quatre tonnes de shit dans cette camionnette
?
-Faisable.
Vers midi, Marie est sortie de son immeuble. Le Meur et son
copain
Yannick Mahé somnolaient en face dans une R21 en écoutant
une
radio FM qui programmait plus de pubs que de bonne musique. Le Meur
portait
son uniforme. Mais Mahé était en civil. C'est plus discret
pour les filatures. Il s'apprêtait à sortir pour suivre la
fille quand Le Meur a jeté un oeil dans le
rétroviseur.
-Attends.
-Quoi ?
-T'as vu la bagnole garée en face ? La 605 Peugeot verte.
-Ouais, ben quoi ?
-Ben deux des mecs qui étaient dedans viennent de sortir. Et le
troisième reste au volant. Et tu as vu son immatriculation ?
Drôle de coincidence, non ?
-Ouais. Chelou. Qu'est-ce qu'on fait ?
-Les gus entrent dans l'immeuble. Je m'occupe de ça. Toi tu suis
la
fille. Tu la marques à la culotte.
-T'as de ces images.
-Fais pas le con. Y'a déjà deux morts dans cette histoire.
Laisse moi un message chez Dédé.
Téléphone-lui
toutes les demi-heures.
-Faudrait des renforts.
-On ne peut pas. Tu te vois expliquer pourquoi tu te promènes en
civil
pendant tes heures de service. Allez fonce !
Le Meur avait appris quatre ou cinq trucs pratiques en bossant avec
Kermarec. La première, c'est qu'il faut gamberger vite. Et tirer
le
premier. L'homme qui faisait le poireau derrière dans la 605,
l'avait peut-être repéré. C'était lui qu'il
fallait neutraliser le premier. Mais comment le faire sans le
révolvériser de but en blanc ? Le Meur démarra sa
R21.
Il déboita du créneau et fit le tour du paté de
maison
pour se retrouver derrière la Peugeot. Du même coté
du
boulevard. Il colla brusquement son véhicule contre l'autre.
Coupa
le contact. Retira la clef. Bloqua le volant. Sorti plié en deux
par
la portière passager. Il prit même le temps de la fermer
à clef avant d'aller se cacher derrière une VolksWagen
garée un peut plus loin. Le mec était coincé. Quoi
qu'il fasse, sa voiture ne pouvait plus bouger. Il n'a pas essayé
de
sortir tout de suite. Il a attendu un long instant. Le Meur n'avait pas
prévu cela. Il imaginait au contraire que le type cavalerait vers
l'immeuble pour prévenir ses acolytes. Mais non. Il restait dans
la
voiture. Caché derrière l'appuie-tête.
Tout à coup, un de ses complices a surgi de l'immeuble en
courant.
Après un roulé-boulé sur le trottoir, il a disparu
derrière une voiture. Le troisième larron a
déboulé dans la foulée. Il a dégainé un
flingue avec un canon gros comme une pompe à vélo. Une
seconde plus tard, le pare-brise de la VolksWagen volait en
éclats.
Il n'y avait pas eu de détonnation. Même pas un
"ffffomp" comme dans les films de James Bond. Juste un claquement
de
portière. Quand Le Meur a ressorti son périscope les trois
mousquetaires s'étaient envolés, abandonnant leur monture
sur
place.

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réalisée par Oscar G