Chapitre 19
Kermarec, un keum pour toi au
téléfon.
-Ouais ?
-Philippe à Paname. Dis donc, j'ai failli me faire descendre
devant
l'immeuble de ta gonzesse.
-Quand ? Comment ?
-Il y a trois minutes. Je te téléphone d'une cabine en bas
de
sa rue. Il y avait trois mecs. Ils ont attendu qu'elle soit sortie pour
visiter son appart'. Je les ai interrompus mais ils se sont
barrés.
M'ont tiré dessus. Mais j'ai coincé leur caisse, elle est
immatriculée chez toi.
-Donne le numéro.
-4737 VC 35.
-Tu dois pondre un rapport pour tes chefs ?
-Nan. J'ai pas utilisé mon arme et j'ai pas abîmé ma
bagnole de service. Apparemment il n'y a pas de témoin.
Heureusement
il n'y a pas eu de coups de feu.
-Mais tu viens de me dire que les mecs t'ont tiré dessus...
-Ouais mais avec un flingue à silencieux. Ca ne fait pas un
pêt de bruit. Première fois que je vois un truc comme
ça. T'as déjà vu Pulp Fiction, ben pareil...
-La fille est toujours filée ? Ouais, j'ai mis Mahé
derrière.
-Le gars de Pont-Aven ?
-Lui même.
-Bon. J'arrive.
***
Ernesto Gomez buvait un pot chez Yann Lagadu, un vieux copain
des
Renseignements Généraux. C'est toujours ce qu'il faisait
quand une affaire commençait à sentir la mouise et la
politique. Car les zigotos des RG tenaient leur fiche à jour.
-Alors, parait que tu as chargé la mule ?
-Qui vous a dis ça ?
-Oh tu sais, les histoires de ballons, ça circulent plus vite que
les GTI...
-Bon d'accord. J'étais gros nez. Je viens vous voir pour le
boulot.
-Ah, moi je croyais que tu étais suspendu ?
-Plus ou moins, mais pas encore.
-Qu'est-ce que tu veux savoir ?
-D'abord, je voudrais vérifier si vous n'avez pas une fiche sur
un
prof de fac qui s'appelle Casanova.
-Ce n'est pas une fiche, c'est un dossier qui faut pour un zouave comme
lui.
-Pourquoi ?
-D'abord, c'est un coureur de jupons encore plus balaise que toi.
-Attendez, faut voir.
-Tout vu, mon pote. Des queuetards, j'en ai déjà
croisé. Mais lui, très fort. En ce moment, il roucoule
avec
la femme d'un député. Tu sais, son style aventurier qui
revient de l'Amazonie, c'est un truc qui plait vâchement aux
gonzesses.
-Vous n'allez pas me faire croire que vous faites des enquêtes sur
lui parce qu'il a du succès auprès de la gente
féminine.
-Tu causes comme un livre toi... Non, en fait, il a de très
bonnes
relations avec tout un tas d'organisations de gauche en Amérique
Latine. C'est un loustic qui a trainé avec les Sandinistes
du Nicaragua par exemple. Il a déjà bouffé chez
Raul Castro, le frangin de Fidel. Il est aussi très copain avec
les
chefs du MIR au Chili. On le dit aussi très introduit chez
Rigoberta
Menchu...
-C'est des communistes ça, non ?
-Tu sais, aujourd'hui, ce genre d'étiquettes ne veut plus rien
dire.
-Autre chose sur ce ouistiti ?
-Des bricoles.
-OK. Sujet suivant : Gouaziou.
-Figures-toi, que je ne t'ai pas attendu pour aller vérifier
ça. On a bien fait une fiche sur lui à une époque
où il essayait de monter des manifs contre le FMI. Mais son truc
a
vite capoté. Depuis, silence radio. D'ailleurs, c'est marrant,
parce
qu'en faisant des recoupements, je me suis aperçu que son
grand-père avait lui aussi une fiche.
-Nan ?
-Si. Figure-toi que c'était un vieux coco des fagots.
Plutôt
chelou pour un paysan breton. La fiche a été
commencée
en octobre 1944. Elle a été tenue à jour jusqu'en
août 1952.
-Date de sa mort ?
-Tu rigoles, ce mec-là n'est décédé que
l'année dernière.
-On l'avait fiché uniquement pour ses opinions ?
-Oui et non. En fait, tu sais qu'après la guerre, les Bolchos
constituaient une sacrée organisation. De Gaulle et les premiers
gouvernements de la IVème République s'en méfiaient
pas mal. Ils craignaient un coup d'état ou un truc dans ce
goût-là. Tu ne le sais sûrement pas mais le pays
était secoué par des grèves pas croyables. En 1948,
on
a même envoyé l'armée pour mater des
grévistes
dans le nord de la France. Je te rappelle qu'à cette
époque-là, Staline venait d'éliminer les derniers
gouvernements plus ou moins démocratiques d'Europe de l'Est.
-Quel rapport avec Gouaziou ?
-Ben ton Gouaziou dirigeait un petit groupe de maquisards communistes
dans
la résistance. Après la libération, son
réseau
a sûrement continué à besogner pour le Parti.
-Elles sont vâchement fraîches vos infos, les mecs.
-Ouais. Moi non plus je ne vois pas le rapport avec les Tontons
Flingueurs.
Mais je peux te dire un truc. Le vieux Gouaziou, à
l'époque,
ils l'ont surveillé de vraiment très près. Devait
s'agir quand même d'un gros bonnet.

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réalisée par Oscar G