Chapitre 29
Frédéric Demishinwa
était tombé tout petit dans une marmite de composants
électroniques. A 12 ans, il assemblait son premier décodeur
Canal +. Ce qui lui valut l'admiration de son paternel et de grosses
rentrées de numéraire. Car à 1000 francs le boitier
net d'impôts, le bizness s'était vite avéré
aussi juteux qu'une orange espagnole. Au total, son fer à souder
avait accouché de 6872 décodeurs. D'abord des potes de bahut,
des profs, puis des clients de plus en plus éloignés.
Maintenant, il lui arrivait même de livrer en Belgique. La
chaîne de télé avait cru trouver une parade à ce
genre de bricolage en introduisant un brouillage plus sophistiqué.
Demishinwa avait pondu un nouveau décodeur en moins de trois trois
semaines. Il s'occupait actuellement de renouveler le parc de sa
clientèle.
Son petit commerce faillit bien capoter le jour où la police
perquisitionna chez un de ses clients pour une histoire d'arnaque aux
Assédic. Le faux chômeur avait balancé son nom à
un flic. En l'occurence, ce condé portait un ciré jaune et
s'appelait Kermarec. L'inspecteur avait fermé les yeux en
échange d'un décodeur à l'oeil et de quelques menus
services à rendre de temps à autres.
-Alors ?
-Alors c'est génial. Vous aviez raison. C'est plus sioux que
ça en a l'air. Devinez pourquoi ces photos sont au format TIFF ?
-Moi je ne suis qu'un flic. Mes rapports avec la technologie se
résument à deux choses : appuyer sur une détente de
revolver et pianoter sur une machine à écrire.
-Vous êtes aussi spirituel qu'un sorcier Hoppi une nuit de pleine
lune. Bon, alors accrochez-vous bien ça va devenir technique. Vous
avez déjà entendu parler de la stéganographie ?
-Non, je viens de te dire que moi je m'étais arrêté
à la dactylographie.
-Ouais, ben rien à voir. La stéganographie consiste à
cacher des messages dans un fichier image.
-Là tu m'intéresses.
-Prenez cette photo au format TIFF. En utilisant un logiciel comme Stego,
vous pouvez y planquer n'importe quoi ni vu ni connu.
-Maintenant, si je fais la manip inverse, voilà ce que j'obtiens...
L'écran affichait à présent une série de
lettres et de chiffres sans signification apparente. Un peu comme une
déclaration d'impôts.
-Et ça c'est quoi ?
-C'est un message codé.
-Tu peux le décrypter ?
-Non aucune chance. Désolé....
-Comment cela, aucune chance ? Tu fabriques des décodeurs Canal +
avec des bouts de ficelles et tu renonces devant ce machin ?
-Ce machin comme vous l'appelez, c'est du PGP.
-PGP ?
-Ouais, c'est un sigle. Ca veut dire Pretty Good Privacy. C'est un super
code inventé par un Ricain qui s'appelle Phil Zimmermann. Pas la
peine d'essayer de craquer l'algorithme. C'est infaisable. Parait que
même les gros balaises de la CIA s'y sont cassé les
ratiches.
-Tu es en train de me dire que je ne saurai jamais ce qu'il y a
là-dessus.
-Absolument. Même avec quinze super-ordinateurs Cray en batterie,
c'est couru d'avance.
-Et comment un simple étudiant en lettres peut se procurer un code
militaire aussi puissant ?
-Mais ce n'est pas un code militaire. C'est un truc en libre service sur
l'Internet.

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réalisée par Oscar G