Chapitre 34
Au musée de la résistance
bretonne de Saint-Marcel, l'historien Nicolas Delafune étudiait une
vieille photo aérienne de Omaha Beach quand Kermarec a passé
son visage buriné par la porte.
-Bonjour docteur, vous recevez sans rendez-vous ?
-Salut le marin. Cela faisait une paille...
-Tu l'as dit. Je viens pour affaire.
-Raconte.
-J'ai un macchabée sur les bras. Un type assassiné par un
pistolet Welrod.
-En quel calibre ?
-Du 9 mm.
-Génial. Je te l'achète. J'en ai un en vitrine. Mais c'est
du 7,65. Tu sais que ces bidules sont rarissimes. Viens voir.
Le tromblon semblait très rustique. Un gros tuyau noir, une
poigné et une détente sans pontet. On aurait dit un pistolet
de vaccination plutôt qu'un flingue de concourt.
-Comment tu l'as eu ? Par un collectionneur. C'est une arme à
silencieux. Un truc anglais très prisé aussi des
amerloques.
-Est-ce que des résistants du coin auraient pu en avoir ?
-Non. Je ne pense pas. Tu sais, ce bidule-là ne court pas les rues
comme les P-38. Les alliés n'en n'ont jamais parachuté. Il
parait que c'est vraiment très discret. Balles infrasoniques,
amortisseurs en caoutchouc et tout le bataclan.
-A propos de parachutage, est-ce que tu pourrais me vérifier un
truc. Le grand-père de la vicitime dirigeait un petit maquis
communiste dans les Côtes-d'Armor. D'après la rumeur locale,
il aurait mis la main sur une livraison d'armes qui ne lui était pas
destinée.
-J'ai les registres de largage. On peut les consulter si tu veux. Mais il
faudrait que tu me donne une date.
-Disons un peu avant le débarquement.
***
Anatole Boniec était mort d'une cyrhose avant le
début de la Vème république. Les voisins avaient
repris les terres en lisière de Coat-Riou. Mais les bâtiments
de ferme étaient tombés en ruine, dévorés par
le lierre, les ronces et les chardons. Visiblement, un véhicule
avait eu le plus grand mal à se frayer un passage dans les hautes
herbes quelques jours au paravant.
Mikoze, le berger allemand de la gendarmerie aboyait en direction du vieux
puits. Gomez se pencha au-dessus de la margelle en promenant le faisceau
d'une Maglite. A plusieurs mètres de profondeur, il s'aperçut
qu'il manquait certaines pierres à la paroi. Des ronces
coupées flottaient à la surface de l'eau. Un crapeau semblait
dérangé en pleine sieste. L'inspecteur s'en fut farfouiller
dans l'estafette et en revint avec un PM et une corde de rappel. Un des
gendarmes hasarda une question.
-Vous savez vous servir de ça ?
-Tou finegueur in ze noz, mon pote. Tu me tiendrais la corde ?
***
La vieille liste manuscrite que Delafune dépoussiérait
méticuleusement indiquait la date de l'opération, le
numéro de l'avion, le nom du pilote, l'indicatif du groupe de
résistants, la position de la DZ, l'heure de largage, et la
nomenclature des armes parachutées. Apparemment il y avait eu au
printemps 1944 cinq livraisons dans le secteur concerné.
-Ne cherche pas plus loin. J'ai trouvé.
Delafune avait sorti sa pipe qu'il bourrait de tabac hollandais. Il
jubilait intérieurement en attendant patiemment les questions du
néophyte Kermarec.
L'inspecteur fit durer le silence avant de capituler.
-Qu'est-ce qui te fait dire que c'est la bonne ?
-Le sigle SAS.

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