Chapitre 35
Après quelques cabrioles
à la Belmondo, Gomez était parvenu à glisser son corps
grassouillet par l'étroit boyau creusé dans le muret. A cet
endroit, les pierres n'était pas tenues par du ciment mais par de la
terre. Ce qui permettait de les déssertir rapidement. Le passage
débouchait sur un couloir très étroit et en pente.
L'inspecteur repensait aux romans de sa jeunesse. Surtout le Club des Cinq
dont il possédait encore l'intégrale. D'ailleurs,
c'était les derniers livres qu'il se souvenait avoir lu.
***
- Les SAS, c'est des polars plus ou moins olé-olé, non ?
- ...bécile ! Je te parle du Special Air Service.
- Les commandos Ross Biffs ?
- Oui. Mais pendant la guerre, le 4ème SAS était
composé de Français Libres. Les hommes du colonel Bourguin...
Le 2ème RCP, ça te dit quelque chose ?
- Queudale.
- Quelques heures avant le débarquement, dans la nuit du 5 juin
1944, plusieurs sticks ont été parachutés au dessus de
la Bretagne. Ils avaient pour mission de retarder les renforts de la
Werhmacht vers la Normandie et d'encadrer les résistants.
- Quel rapport avec mon schmilblick ?
- Le Welrod mon cher Watson. Les types des SAS avaient ce flingue en
dotation. Je ne vois pas autrement comment une pièce aussi rare
pourrait se ballader dans la nature. En juin 1944, dix-huit groupes ont
été infiltrés pour des missions de sabotage. On
appelait cela des Cooney Parties. Opérations 401 à 418. Si
tu regardes la liste, tu t'aperçois que dans ton secteur, il y a eu
un drop SAS accompagné d'un quadruple largage d'armes. Quatre
livraisons de 900 mitraillettes Sten 9 mm et leurs munitions. De quoi
alimenter les maquis de Lanrodec, Plouisy et Squiffiec.
***
Au bout de plusieurs centaines de mètres le long corridor
débouchait sur une grande cave souterraine au plafond très
bas. Difficile de faire le tour du propriétaire avec une simple
lampe de poche. Mais le sol était encombré de grosses caisses
de bois et de grands cylindres de tôle vides, des gros tubes kaki
équipé d'un amortisseur. Des canisters de parachutage
modèle H.
Un gendarme arriva à son tour.
-C'est la grotte d'Ali Baba ici !
-Ouais. C'était une planque d'armes. Vous avez vu, il y a même
des vieux casques allemands...
-Même pas rouillés.
-Non, tout était soigneusement graissé
-Mais les caisses sont vides !
-Ouais mon pote. C'est pour cela qu'on a buté les Gouaziou.
***
- Et tu penses que des maquisards communistes auraient pu raffler des armes
qui ne leur étaient pas destinées ?
- Pourquoi pas... Il y avait déjà des arrières
pensées politiques dans les deux camps. Les alliés se
méfiaient et refusaient de leur livrer du matériel lourd. De
Gaulle avait peur de se faire court-circuiter. A terme, les communistes
espéraient bien prendre le pouvoir avec l'aide du petit père
des peuples. D'ailleurs, les derniers travaux que j'ai pu lire là
dessus laissent accroire que le Parti a conservé des arsenaux
clandestins bien des années après la Libération.
- Mais que sont devenus les SAS dont tu parles?
- Il y a eu pas mal de pertes. A l'époque, on a mis cela sur le dos
des Schleus. C'est assez difficile à vérifier. Tu sais, en
principe ces commandos opèraient seulement par groupe de quatre.
- Combien ça peut peser 900 mitraillettes Sten ?
- A la louche, avec les chargeurs, je dirais dans les trois ou quatre
tonnes. Tu restes manger avec nous ce soir ? Martine fait du canard
Cumberland.

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réalisée par Oscar G