Chapitre 37
L'enquêteur stagiaire Lemasson
connaissait maintenant tous les gays de la ville et apparemment, il y en
avait des kilos. N'écoutant que son courage, il avait même
oser la tournées des pissotières. Des gros cochons malsains
lui avaient proposé jusqu'à 3000 francs pour faire des trucs.
Quels trucs, il ne saurait jamais, car il avait dégainé sa
carte professionnelle à toute berzingue. Tous ses clients potentiels
s'étaient décomposés à la vue du bandeau
tricolore. Ils avaient changé de braquet et avoué tout en
vrac : leur éjaculation précoce, leur abonnement au Figaro,
leurs batifolages extra-conjugaux, leur boulot obtenu par piston, leur
voyage à Bankok, le kleps abandonné sur la route des
vacances... Même à confesse dans l'aumonerie de la prison de
Fleury-Mérogis, aucune esgourde éclésiastique n'en
avait jamais entendu autant d'un coup. Le problème, c'est que tout
ce petit monde-là ne connaissait pas Éric Gouaziou. Jamais vu
ce p'tit cul ! Parole !
Kermarec venait de replier son journal. Ce qu'il venait d'y lire le faisait
doucement glousser. Bizarrement, les pisse-copies n'avaient pas remarquer
le rapport entre le massacre à la ferme et les macchabées aux
Tontons Flingueurs. Mais de toute façon, fallait pas compter sur la
presse pour faire l'enquête à sa place.
-Philippe, c'est pas normal, ce truc. On a deux thèses
complètement opposées. D'un côté, plusieurs
témoignages qui nous présentent Gouaziou comme un homo
notoire. Et de l'autre, on est absolument certain qu'il avait une
copine.
-L'était p'têt bi.
-Hum... Je dois être trop vieux pour comprendre ces
trucs-là.
Comme à chaque fois qu'une enquête s'enlisait, Kermarec se
laissait pousser la barbe. Ces poils irritaient sa peau déjà
passablement amochées par des années de bourlingue. Ce qui le
rendait plutôt nerveux. Quand ses collègues le voyaient
devenir hirsute, ils évitaient de lui télégraphier des
vaseuses. Une fois, la barbe avait poussé pendant six semaines. Un
abruti l'avait charié en le comparant à ZZ Top. Le p'tit
marrant avait perdu son pif dans la bagarre. Dans l'intérêt
général du service, il valait mieux que cette affaire se
termine fissa. Kermarec a taxé une clope à Gomez qui
reluquait le dernier numéro de Swing, la revue des couples
échangistes.
-Il y a un autre truc qui cloche dans tout ce bazar.
-Ben, dégoise !
-La camionnette. Elle n'a pas été louée par le ou les
tueurs. Mais par Éric Gouaziou. Donc c'est lui qui a vidé la
planque. Pour quelle raison ?
-Parce que les armes n'étaient plus en sécurité. Alors
il a décidé de les déménager en lieu
sûr.
-Ouais. C'est une option. Mais j'en vois une autre.
-Laquelle ?
-On pourrait supposer qu'il avait un acheteur et que ce client n'a pas
voulu banquer...
-Non. Cela ne tient pas. Ces clients auraient attendu d'avoir la came pour
liquider le vendeur. Or, en l'occurence, ces ratails n'ont pas
récupéré les calibres. Sinon, ils ne passeraient pas
leur temps à sulfater à tire-larrigot.
-Pas con comme raisonnement. Ce qui veut dire que Gouaziou a planqué
ses quatre tonnes d'armes ici, quelque part dans la ville.
-Pour gagner de la place, il avait retiré les mitraillettes des
canisters. Donc impossible de décharger en pleine rue. Ce qui
implique qu'il a vidé sa camionnette dans un garage ou un
hangar.
-Ben on n'est pas rendu !
-Ouais. A mon avis, les macchabées n'ont pas fini de pleuvoir.
-A part ça, t'as vu ? "Bobby-la-Pointe" s'est fait une Porshe !

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