Chapitre 39
Le monomoteur Beechcraft Bonanza F33A/C
a amorcé sa descente vers l'aérodrome du Perthuis. Le plafond
devenait dangereusement bas. Après avoir traversé
l'épais tapis nuageux, le pilote a entamé son approche vers
la petite piste. Une nouvelle dépression arrivait de l'Atlantique
comme on dit dans les bulletins météorologiques. Les
latéraux soufflaient assez fort. Ce qui obligeait le pilote à
beaucoup de vigilance. Mais Arnaud Leduc possédait parfaitement son
art. Il avait découvert l'aviation dès l'âge de 15 ans
sur un vieux Pipper. Et cette passion ne l'avait plus jamais quitté.
Tout comme d'ailleurs son appétit immodéré pour les
gonzesses, le reggae roots et la marijuana. Tous ces loisirs coûtant
fort cher, il avait bien fallu un jour songer à trouver quelques
subsides. Depuis deux ans, il effectuait donc régulièrement
un petit vol au dessus de la Grande-Bretagne, profitant d'une escale
discrète sur un terrain du Devon pour charger quelques kilos de
"caramel". Il s'agissait en général de hashish pakistanais.
Un bonnet de laine sur ses cheveux verts, un splift de sensemilla aux
lèvres, Leduc tenait le manche d'une main assuré. Dans le
cokpit, un album de Peter Tosh recouvrait complètement le bruit du
moteur.
***
Gomez profitait de son samedi pour étrenner sa nouvelle voiture.
Pour que toute la populace puisse admirer le galbe de la bête, le
clinquant de la peinture et le sérieux des finitions, le mieux
c'était de garer le carosse place Saint-Anne, puis d'aller gluter
l'apéro avec ses potes du Cybfool Bar. Comme d'habitude, la sono du
bar laissait pulser ses 60 watts. Sur la platine, un morceau de
Billy-Ze-kick conseillait à l'aimable assistance de manger moins,
manger moins, manger moins. De toute façon, on ne venait pas au
Cybfool pour grailler, mais pour boire. Alors Gomez a commandé une
1664. Une inconnue semblait s'ennuyer seule près de la
fenêtre. Compatissant, l'inspecteur est allé s'enquérir
de son emploi du temps pour les heures à venir, lui proposant par
l'occasion une promenade en cabriolet, un déjeuner d'huîtes
à Cancale, voir plus si infinité. La gourgandine jouait les
bêcheuses mais s'apprêtait à accepter quand Rudolph
Valentino a détourné son regard artificiellement
enflammé pour le porter vers l'extérieur. Plus
précisément vers l'immeuble du numéro trois.
L'immeuble de Gouaziou. Un homme d'une quarantaine d'années venait
de pianoter sur le digicode. Il avait la même bobine qu'un des
ostrogoths sur les photos de Lemasson. Une espèce de vautour
affublé d'un pif comme on n'en voit que dans les bandes
dessinées. Un vrai tarin de rapace. Gomez n'était pas en
service. Il ne trimbalait pas son cabibre. Ce qui l'invitait à
beaucoup de prudence. Car apparemment, les barjots d'en face se croyaient
à Chicago, un soir de Saint-Valentin.

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réalisée par Oscar G