Leduc continuait d'appuyer. Moins de 100 mètres le séparaient maintenant de la camionnette. Les portières se sont ouvertes. Trois gendarmes s'apprêtaient à sortir. Il ne restait plus que 25 mètres. Le monomoteur avait accumulé suffisamment de vitesse pour décoller sa roulette de queue. Leduc a attendu encore une seconde puis il a tiré sur le manche à fond. L'avion s'est arraché du tarmac dans un grand bruit de sur-régime. Le train avant a déchiqueté le toit du Trafic, pulvérisant au passage le képi et la tête d'un gendarme. Sous le choc, le Beechcraft s'est cabré avant de basculer vers le sol. L'exlosion a déchiqueté la carlingue avant d'embraser à son tour la camionette. Un fragment de tole de mauvaise humeur s'est planté dans la carotide du deuxième gendarme. Dernier survivant, le chauffeur du véhicule se roulait par terre pour tenter d'éteindre les flammes qui lui rongeaient le corps.
Rivé à ses jumelles, dans la tour de contrôle, le commandant de Penfeldpeyo a compris que son avancement avait du plomb dans l'aîle. Et pourtant, on parlerait sûrement de lui à la télé le soir même.
C'est un jeune pépiniériste, locataire au troisième,
qui a découvert le corps de Gomez, immobile dans l'escalier. Son
sang avait dégouliné le long des marches sur un étage
entier. Au début, il a pensé à une farce de son
voisin, un loufoque coutumier de ce genre de canulard. Mais en y regardant
de plus près, l'homme était chauve. Et l'hémoglobine
coulait à gros débit. On aurait ditl'estuaire de la Garonne
à la saison des pluies.
