Chapitre 41

Kermarec habitait au 30ème étage d'une tour de 110 m très judicieusement baptisée "Les Horizons". Faut dire que de là-haut, on dominait des kilomètres de paysage. Depuis 15 minutes, Lola scrutait les moindres recoins de la grisaille, une paire de jumelles marines dans ses petites mains. C'était le jour du marché. Les étales composaient un patch work de couleurs vives qui contrastait avec la tristesse des parapluies sombres. Mal fagottées dans leurs gabardines majoritairement beiges, des mémés plus ou moins étanches s'en allaient, voutées, des poireaux verdâtres sous le bras.
-Cela fait longtemps que vous crèchez ici ?
-Non, je viens de pendre ma crémaillère. Le plus amusant, c'est que Milan Kundera a habité dans cet appartement.
-Connais pas. C'est qui ? Un flic ? Un copain à vous ?
-Que nenni. L'insoutenable légereté de l'être, cela vous dit quelque chose ?
-Ouais, le film avec Binoche.
-Et bien, Kundera a écrit le livre dont le film est tiré.
-Moi, les bouquins, ça me prend la tête. La vie est ailleurs.
-Très drôle. Qu'est-ce que je vous sers ?
-Je veux bien essayer un de vos fameux portos.
Lola faisait des yeux de biches. Kermarec des yeux de merlan frit. Mais il y a des jours où comme Cupidon, le téléphon s'en fout. Alors, ce con s'est mis à sonner.

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Leduc continuait d'appuyer. Moins de 100 mètres le séparaient maintenant de la camionnette. Les portières se sont ouvertes. Trois gendarmes s'apprêtaient à sortir. Il ne restait plus que 25 mètres. Le monomoteur avait accumulé suffisamment de vitesse pour décoller sa roulette de queue. Leduc a attendu encore une seconde puis il a tiré sur le manche à fond. L'avion s'est arraché du tarmac dans un grand bruit de sur-régime. Le train avant a déchiqueté le toit du Trafic, pulvérisant au passage le képi et la tête d'un gendarme. Sous le choc, le Beechcraft s'est cabré avant de basculer vers le sol. L'exlosion a déchiqueté la carlingue avant d'embraser à son tour la camionette. Un fragment de tole de mauvaise humeur s'est planté dans la carotide du deuxième gendarme. Dernier survivant, le chauffeur du véhicule se roulait par terre pour tenter d'éteindre les flammes qui lui rongeaient le corps.

Rivé à ses jumelles, dans la tour de contrôle, le commandant de Penfeldpeyo a compris que son avancement avait du plomb dans l'aîle. Et pourtant, on parlerait sûrement de lui à la télé le soir même.

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C'est un jeune pépiniériste, locataire au troisième, qui a découvert le corps de Gomez, immobile dans l'escalier. Son sang avait dégouliné le long des marches sur un étage entier. Au début, il a pensé à une farce de son voisin, un loufoque coutumier de ce genre de canulard. Mais en y regardant de plus près, l'homme était chauve. Et l'hémoglobine coulait à gros débit. On aurait ditl'estuaire de la Garonne à la saison des pluies.




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