Chapitre 44

Allo ? De Penfeldpeyo ?
-Oui.
-Kermarec, je voulais...
-Erwan de Kermarec. Ah dis donc, ça fait une paye qu'on ne s'est pas vu. Je suppose que tu m'appelles à propos de cette histoire d'avion. J'ai vu que la télé a cité ton nom. Pas compris pourquoi. Ils délirent ces journaleux. Mais dis moi, comment va ta femme ?
Elizabeth Kermarec était décédée d'un cancer du poumon, trois ans auparavant. 1052 jours pour être précis. Et le gendarme le savait parfaitement. Il était présent à l'enterrement. Kermarec a reçu le message cinq sur cinq : une bretelle sur la ligne.
-Ecoute, je ne vais pas t'ennuyer avec ça. Je t'appelais juste pour te dire bonjour.

****

L'appartement de Casanova ressemblait à tous ceux du voisinage. Des plafonds tellement hauts qu'on aurait dit des hangars d'avions. Des meubles à chier. Et une déco 18ème de toute mocheté. Ce genre de baraque devait coûter une fortune en chauffage. Pour ne rien arranger, l'air froid et la pluie s'engouffraient par un carreau brisé, souvenir d'une balle fondue en 1942, quelque part aux Etats-Unis.

Malgré une fouille des lieux quasi archéologique, les enquêteurs n'avaient pas découvert grand chose. Juste quelques lettres d'amour un tantinet compromettantes et deux injonctions de paiement en recommandé. Casanova menait grand train.

-A mon avis, c'est pas la gonzesse qui était visée. C'était plutôt lui.
-Qu'est-ce qui te permet d'affirmer ça ?
-C'est tout con. Casanova a reçu un coup de bigo lui demandant de regarder par la fenêtre. Traquenard de base. Le tireur a vu une ombre. Il a tiré.
-Ouais, t'as raison. Mais pourtant le mec n'était pas miro. Un carton comme ça, t'en vois pas tous les jours.
Kermarec parlait en spécialiste. Dans son autre vie, il avait tripatouillé toutes sortes de calibres.
-Au fait, je pense à quelque chose. Gouaziou faisait partie de la compagnie des Archers.
-Et alors ?
-Et bien le bâtiment, juste à côté, c'est un stand de tir au pistolet.
-Bien vu. J'enverrai Lemasson y faire un tour demain.

Kermarec regardait la rue détrempée. Une autre zarbirerie lui trottinait dans la caboche.
-Tu sais quoi ? On vient de faire une découverte majeure.
-Ah ouais...? La radio-activité ? La péniciline ? La machine à vapeur ?
-T'es con comme flic ! Comment t'expliques qu'on arrive à buter un type alors qu'aux deux bouts de la rue, il y a des guignols des RG en planque ?
-'cune idée. T'as une hypothèse ?
-Non. Une certitude. Ce que tu ne sais pas, c'est que le porche en face communique avec avec une autre rue de l'autre côté du paté de maisons. Il y a un petit dédale d'arrière-cours qui permet d'arriver directement en face de cette fenêtre.
-Bon, super. On est content. Et alors ?
-Ce passage, quasiment personne ne le connait. Faut vraiment avoir vécu dans le quartier pour connaître. Donc notre tueur est un autochtone. Pas un étranger. Tu me suis ?
-Ouais. On va boire une mousse ?





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