Chapitre 45

T rois portos plus tard, Kermarec a déboulé dans le cagibis où Casanova terminait ses 48 heures de garde à vue en compagnie d'un vieux numéro de Femme Actuelle. Boulazéro n'était pas vraiment suspecté du meurtre de sa maîtresse. Mais l'épidémie de saturnisme prenait de telles proportions que la quarantaine pouvait receler quelques vertues.

-Vous n'avez pas le droit de...
Kermarec a saisi l'éminent universitaire par sa longue barbe et l'a amené contre son visage. Il trimbalait son regard des mauvais jours. Celui du Gourka sur le point d'égorger une sentinelle à la nuit tombante.
-Ecoute moi bien ducon. Les guignoleries et les politesses d'usage, tu les gardes pour Gomez. Moi, c'est Kermarec. Et les brâmes à poutres dans ton genre, je les ratatine à coup de torgnoles. Je leur colle des Brestois. Je les affales du chalut. Et quand il y a encore de la vie, je leur change l'amure par tribord arrière.
Georges Casanova n'avait pas tout compris mais la main cagneuse qui lui tordait les poils avait des yeux mauvais.
-Écoutez, je ne peux que répéter ce que j'ai expliqué à vos collègues des Renseignements Généraux. On dormait quand le téléphone a sonné. J'ai répondu. Quelqu'un me disait qu'il m'appelait de sa voiture en bas dans la rue. Sylvie s'est approchée de la fenêtre pour voir. Et la vitre a explosé. J'ai cru que c'était un caillou. Mais Sylvie est tombée. Tuée sur le coup.
Visiblement, l'universitaire landruesque était au bord de la crise de nerfs. Tant mieux. S'il avait quelque chose à avouer, il allait craquer tout de suite.
-Dis moi qui a fait ça.
-Mais j'en sais absolument rien.
La réponse a été récompensée par une baffe comme en donnait Mike Tyson du temps où il était coaché par le vieux Cus d'Amato. Casanova pleurait sans retenue. Un grumau carmin au reflet délicatement empourpré lui coulait mollement de la narine gauche.
-Qui ?
-Mais puisque je vous dis que j'en sais rien.
L'homme s'est laissé choir sur le carelage comme un cormoran englué dans sa flaque de mazout du côté de l'Aber Wrac'h. Kermarec était toujours sidéré de voir comment les gougnafs qui paraissent les plus sûrs d'eux sont souvent les plus fragiles. Il suffit d'appuyer au bon endroit et l'huître s'ouvre. Même pas besoin de couteau...
-Tu as dix nano-secondes pour me raconter les magouilles de Gouaziou.
-Je ne sais pratiquement rien.
-Accouche.
-Éric ne me confiait rien, vous savez. Donc, je n'ai que des suppositions.
-Et moi des suppositoires. Dégoise.
-Vous avez entendu parler de l'EZLN ?
-Non. C'est quoi ? Un médoc ?
-L'armée Zapatiste de libération nationale. Un mouvant de guerilla dans les montagnes du Chiapas, au sud du Mexique.
-Ouais, un drôle de zigoto qui fume sa pipe derrière une cagoule en se prenant pour le nouveau Che Guevara.
-Oui. C'était le grand modèle d'Éric. Et je crois bien qu'il lui servait d'intermédiaire en Europe. A mon avis, il s'est fait descendre par les services secrets mexicains.





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