Chapitre 47

K ermarec et Gomez passaient maintenant plus de temps aux Tontons Flingueurs qu'au bureau. Faut dire que le porto et le coktail maison tenaient la chaussée. Faut dire aussi qu'à la PJ, la vie devenait intenable.

Bignou s'était fait traiter d'incapable par un une huile parisienne triturée dans les hautes sphères. L'empoté lui a conseillé d'acheter des pull-over. Car on se chargeait de lui dénicher un poste à sa vraie mesure dans un bled encore plus frigo qu'Ostrowiec Swietkrzyski à la fin décembre. Apparemment, ça devait vraiment cailler sévère dans ce coin-là, parce que Zckiezstjuzcsky s'est refroidi tout net. Le Polac a poussé la gueulante du siècle. Une éructation rauque ponctuée de "currrrrrrva !" Un savon parfumé à la "bande d'incapables, quand on ne sait rien faire, on devient prof, pas flic !".

Pour des raisons mal élucidées, la visite des inspecteurs coïncidaient généralement avec les heures de service d'une employée de l'établissement. Les deux hommes s'intallaient immanquablement à l'extrémité du comptoir. Ce qui ménageait un angle de vision assez large et une certaine distance avec les oreilles les plus proches.
-Dis donc, mon bonhomme... Tu ne te serais pas entiché d'la petite des fois, comme ça, par hasard ?
-Le bonhomme va t'affaler du chalut si tu continues à l'enguenauser. Capiche ?
-Nan, j'ai du mal quand tu jactes dans ton patois de mataff.
-En clair, lâche moi la grappe.
-Énerve toi pas ! Y'a pas d'honte, mon pote ! Vrai qu'elle est canon. Moi, ce que j'aime surtout, c'est son p'tit...
-Arrête-toi où tu vas dire une connerie et ça va agraver le trou de la sécu.
-Ok. Ok. Pas d'prob'. Je rétrograde ! N'empêche que j'ai un truc à te proposer.
-Accouche toujours.
-Oh, c'est simple. Juste un petit jeu. Le premier de nous deux qui élucide cette affaire se tape la gonzesse.
-Tu ne crois qu'en même pas qu'elle voudrait d'un bedonnard comme toi ?
-Chuis p'tet bedonnard, mais chuis pas un boiteux, moi, mon pote !
-Mouais. D'accord. De toute façon, je ne prends aucun risque. Depuis qu'on bosse ensemble, c'est moi qui résouds toutes les enquêtes.
-Verdad. Mais c'est moi qui me tape toutes les pépés.
Kermarec a laissé passé 27 secondes avant de répondre.
-Tiens, à propos de pépés, il faut que tu arrêtes de butiner la mouquère du p'tit.
-Le p'tit est au jus ?
-Nan. Mais à chaque fois que je le vois, j'ai pitié pour lui. Et ça finira par se voir.
-Et alors ?

Kermarec s'apprêtait à répondre quand Lola s'est approchée de lui, un téléphone dans la main, une lueur thermonucléaire dans le regard.
-C'est pour toi.
C'était la première fois qu'elle le tutoyait. Il en était tellement pertubé qu'il n'a pas bronché quand la voix de Lemasson lui annoncé qu'on venait de retrouver un autre macchabée.





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