Chapitre 48

Pelouse anglaise. Nain de jardin. Antenne satellite. Vu de l'extérieur, rien ne distinguait le pavillon des autres maisons de maçon de ce petit lotissement demi-chic pour cinquantenaires besogneux en attente de préretraite.

A l'intérieur en revanche, c'était nettement moins propre. Rapport au cadavre. Ou plutot ce qui en restait. Il manquait d'ailleurs un bras. Celui que le chien -Pulitzer- avait promené dans tout le quartier avant de le déposer sur le paillasson de la voisine. C'est elle qui avait donné l'alerte.

Pour la première fois depuis sa dernière beuverie, Ernesto Gomez sentait monter comme une envie de vomir. Kermarec, lui semblait avoir l'habitude de ce genre de débordement.
-T'es malade ?
-Merde Erwan, non mais tu as vu ce merdier ?
-Ouais... Pas mal...
-Avec quoi il a fait ça ?
-Avec une hache mon vieux. Regarde les entailles sur le parquet. -Putain, mais il y au moins quinze morceaux... C'est du boulot de Khmers Rouges, cette boucherie. T'as vu le crâne ?
-Ouais. Parait que c'est un classique. Tu dépèces le visage de ton ennemi pour foutre la trouille à ses copains. Visuellement, c'est assez réussi. Si on prend une photo de ce truc, on doit pouvoir en tirer pas mal d'oseille. Téléphone à Lemasson, ça lui fera un peu d'argent de poche. Tu lui dois bien ça.

Gomez s'apprêtait à répondre quand son dernier steack frittes a exprimé le besoin urgent de quitter son estomac. On aurait dit une tornade, le soir, à Miami.
-Ernesto, pas sur la moquette. Tu vas peut-être détruire des indices.
-T'es con comme mec. Comment tu fais pour supporter ça ?
-Je me dis que tes Khmers Rouges viennent de faire une connerie. Je savais qu'ils étaient sanglants. Maintenant j'apprends qu'ils ont un certain talent de manipulation.
-Mec, je ne parierais pas que ce sont nos copains habituels. Pas la même façon de règler les contentieux, si tu vois ce que je veux dire.

Du bout de sa Matterhorn, Kermarec a fait rouler le crâne comme un ballon de football.
-Tu vois le trou ici, dans la caboche ? C'est du 9mm. Je te fais un dessin ?

***


Les potards de la sono cognaient dans le rouge. Lola s'écoutait le dernier tube de la Famille Boost. Elle servait seule au comptoir. Faut dire qu'en fin d'après-midi, ce n'est jamais la foule. Seuls clients dans le bistrot, trois poivrots de quartiers éclusaient du rouge qui tache. L'étiquette de la bouteille prétendait que la mixture qu'ils s'ingurgitaient résultait d'un mélange de pinards provenant de différents pays de la Communauté européenne. Vive le traité de Rome.

Pour passer le temps, Lola, elle, s'allumait des cocktail flambés à l'aide d'un gros briquet métallique en forme de pistolet Browning. Elle venait d'attaquer le troisième godet quand un homo erectus de petit gabarit est entré dans le bar. Immédiatement, elle a su que les emmerdes étaient pour sa pomme. Récemment sorti de l'adolescence, le bipède affichait une tronche d'enquiquineur de première catégorie. Un air sombre illuminé simplement par quelques guirlandes d'acnée.

Lola ressentait la confuse impression d'avoir déja croisé cette mercerie ambulante quelque part. Peut-être dans un reportage sur le general Noriega. Quand le jeune homme s'est approché, elle a tendu l'oreille pour entendre la commande. C'était la première fois qu'un client lui demandait un truc pareil.




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