Chapitre 50

Ce jour-là, la pluie et les emmerdes faisaient un coucours pour savoir qui tomberait le plus. Malgré ses millénaires d'expérience, la pluie ne faisait pas le poids. Les emmerdes triomphaient sans gloire et s'aplatissaient mollement sur les épaules des inspecteurs Gomez et Kermarec. Tout avait commencé par 78 secondes de journal télévisé durant lesquelles Patrick d'Arcy s'était fait un plaisir de raconter la vie quotidienne de la maison Poulaga : les escaliers glissants, les annuaires un peu lourd, l'apéro de 10 heures, celui de 11 heures, celui de midi, sans parler des records de vitesse automobile battus grâce aux efforts conjugués de la turbo-injection et du mélange essence-Ricard. Une vague allusion à "d'autres libéralités" pouvaient laisser accroire que l'ennemi possédait encore des munitions.

Naturellement, "Bignou" Zckiezstjuzcsky avait embrayé directement en cinquième. Tant pis pour les engrenages et les crissements de pneus.
-Currrrrrrva ! Bande de cacous ! Vous voulez ma mort ou quoi ? On ramasse un cadavre par jour et vous trouvez moyen de vous faire allumer pour des histoires de bouasse et de torgnoles. Pouvez pas vous arsouiller en privé comme tout le monde ? Moi, quand je dégoupille une bouteille de Smirnoff, je ferme les rideaux ! Et ça vous faire rire Gomez ?
-Un polak à la picole discrète, c'est aussi courant qu'un unijambiste.
-Très amusant. Si-si, je vous assure. Et vous, Kermarec, arrêtez de dessiner quand je vous engueule. J'ai l'impression de faire ce que vous savez dans un instrument à cordes. Vous n'êtes plus au Rwanda ici mon pote ! Chez nous, les types en garde à vue, on leur donne du monsieur. On leur fait monter de la limonade et des jambon-beurre. Et surtout, on ne leur ouvre pas le bide pour leur demander l'heure ! On est civilisé en quelque sorte !
-Mea culpa.
-Pour la nième fois, arretez de jaquasser en breton. On est en France, bordel !
-D'accord, je n'aurais pas du affaler le chalut. Mais trois fois rien. Une demi-baigne pour aider Casanova à accoucher. Point à la ligne.
-Vous êtes flic, pas sage-femme.
-De toute façon, le mal est fait. Quels sont les dégâts ?
-Apparemment les boeufs-carrottes faisaient la sieste pendant le journal. Personne ne m'a encore appelé. Alors on fait le mort. Si ça bouge, vous êtes tous les deux suspendus et je demande une enquête administrative. Ce préambule étant posé, qu'est-ce que vous en pensez ? Votre copain de la maréchaussée ?
-Pas trop le genre. De Penfeldpeyo se ferait trouer la carcasse plutôt de raconter ses petits malheurs.
-Alors ?
-Alors Pampers...
-Z'avez des soupçons ? Des preuves ? Le début d'une esquisse d'une ébauche d'une petite idée ?
-Pas encore.
-Et pour l'autre pisseux ?
-Plombé au 9 et désossé à la chinoise.
-Un barjot ?
-Non. L'équipe habituelle.
-Donc il avait raison : les Ruskos et tout le tralala.
-Non. Justement. On voudrait nous le faire croire. Mouchard s'est fait haché menu par nos copains qui cherchent à nous aiguiller sur une fausse piste.
-Qu'est-ce qui vous le prouve ?
-Rien. Mais l'analyse de Legras vous le confirmera.
-Ah...
-Ben ouais...
-Et la caille de Panam. La poule de Gouaziou, elle est en sécurité ?
-On peut dire ça.
-Vous l'avez planquée où ?
-A Tarbes, chez des amis.
-Z'auriez p'têt dû en faire autant avec la mouquère des Tontons Flingueurs.
-Pourquoi ?
-Parce qu'on ne l'a plus vue depuis 48 heures. Desaparecida, comme on dit en Argentine.






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