Chapitre 60

Les caves de l'usine fleuraient bon le ciment moisi, le renfermé et l'ammoniaque. Une lampes à huile éclairait mollement la pièce. Ambiance bar à putes, le moelleux des fauteuils en moins. Kermarec avait été jeté sur le parpaing humide, héritant au passage d'un coup de tatane dans les côtes.

Gomez était là lui aussi. Bâillonnés. Points et pieds liés. Scotché contre un bidon. Le même chatterton que dans la camionnette. Le policier avait dû se montrer désobligeant car son tarin et son arcane sourcilière gauche pissaient du sang à jet continu. Son crâne se serait très bien accommodé d'un nouveau bandage. Le flic le plus chauve de la ville ouvrait des yeux gigantesques. Son visage était bien plus pâle que d'habitude. A croire qu'il entendait déjà grincer la charrette de l'Ankou.

Trois autres escogriffes les toisaient. Assez jeunes. Mais immenses. Welrod à la ceinture. Mitraillette Sten à l'épaule. Derrière eux, des centaines d'armes étaient alignées sur des bâches agricoles.
-C'est quoi votre délire ?
Ludo Di Wacreni se sentait d'humeur à fournir l'explication.
-C'est simple mon pote. C'est le début de la grande jacquerie. On t'avait bien prévenu que ça allait péter.
-Et vous allez faire péter quoi exactement ?
-Tout mon vieux. C'est l'heure du grand nettoyage. On va passer cette société de daube au kärsher. On va épurer dans les grandes largeurs ! Les banquiers, les magistrats, les patrons, les flicaillons de ton espèce, les députés, les rentiers, les directeurs de supermarchés et tout le toutim ! Ces blancs becs n'oseront plus sortir de leurs palais tellement qu'on va leur mettre les pouettes ! On va te refaire un plan Kmers Rouges comme tu peux pas imaginer. On va zigouiller sec, c'est moi qui te le dis !

Kermarec avait déjà entendu ce genre de refrain dans d'autres circonstances.
-Vous êtes cinq et vous espérer faire la révolution.
-T'as vu la vierge ou quoi ? On est déjà dix-neuf ! Sans parler des sympathisants. Et que des keums qui en veulent !
-Quel rapport avec les Mexicanos ?
-Les guacamole ? Des concurrents, mec. Éric s'était entiché de cette bande de guignols. Il voulait leur fourguer les armes du pépé. Mais tu penses bien qu'on n'allait pas laisser faire ça.
-Le gus que vous avez dégommé aux Tontons Flingueurs...
-C'est lui qui devait prendre livraison des mitraillettes. On l'a zigouillé propre et net. -Et Gouaziou ?
-Ce trouduc refusait de nous filer les armes.
-Mais les Welrods ?
-Éric m'en avait vendu un. Les trois autres, on les a piqués chez lui.
-Et quand vous avez descendu son copain, il a refusé de vous révéler sa planque.
-Exact. Pourtant, je te garantis qu'on y a mis les manières. Mais ce glandu avait une faiblesse cardiaque. Il nous a clamsé dans les mains.
-Et depuis vous butez tout ce qui bouge à la recherche de ces armes que vous avez finalement trouvées.
-Ouais mec. C'est le brave Casanova qui nous a rencardé.
-Il est dans la combine ?
-Non, mais il connaissait cet endroit.
-Connaissait ?
-Ouais. On l'a un peu "fatigué" comme on dit dans les commissariat en Afrique...
-Ah... Et la serveuse du bar, qu'est-ce qu'elle fout dans cette histoire ?
-Si tu es si futé que ça, fais cogiter ta cervelle de poulet.






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