Chapitre 65



K ermarec est resté allongé pendant de longues minutes. Son adversaire s'était levé et parcourait la cave en tout sens. Il hurlait comme une bernique. Même les rats se surprenaient à éprouver de la pitié.

Avant de se redresser, l'inspecteur a cherché son Welrod. L'arme avait chu quelque part dans l'obscurité. Par tâtonnement, Kermarec avait bien retrouvé la Sten. Mais son chargeur était vide. Alors il s'est décidé pour la bayonnette. Dommage, ça serait moins propre.

Le type continuait d'èrer entre les bidons. Le premier coup de banderille lui a harponné les reins au niveau de la zone corticale. Difficile d'être précis dans l'obscurité. Le blessé s'est mis à brailler encore plus fort. Il continuait de marcher. Le deuxième coup a atteint l'estomac et le pancréas. L'homme est tombé à terre. Mais cela ne l'empèchait pas de gémir. Kermarec a replongé la baïonnette dans le blessé à l'agonie. La lame a traversé l'aorte avant de se tordre sur le sol en ciment. On n'entendait plus aucun son. Seuls, de petits soubressauts agitaient le corps. En portant l'estocade, Kermarec a compris pourquoi il n'aimait pas les corridas.

Quand la lumière est revenue, Ernesto Gomez avait devant lui une vision d'horreur. Kermarec lui a retiré son bâillon, et les questions ont fusé.
- Merde, Erwan. C'était quoi ces cris ?
- T'occupes. C'est fini.
- Putain, tu plaisantes ? Tu lui a fait quoi pour qu'il braille comme ça ?
- M'emmerde pas avec tes questions. On s'arrache d'ici et tout de suite.
- Mais t'as vu ta tronche ? T'es aussi gris qu'une demi-litre de Boulaouane. T'es pas prêt de te retrouver une gonzesse...

***

Dehors, les trois Bedford venaient de se garer sous un pont. Voutées par le vent et la pluie battante, douze silhouettes longeaient la berge du canal. Seuls les poules d'eau et les canards pouvaient entendre les rares mots qu'ils s'échangeaient dans un murmure. Mais celà ne leur était d'aucun usage. Car nul de ces volatiles ne comprenait le Tzotzil.

***

Le visage maculé de sang et de poussière de béton, Kermarec a déchatertonné Lola. L'un et l'autre se fuyaient du regard. L'inspecteur ne se berçait plus d'illusions. La jeune femme non plus.

Sur les baches agricoles, tout un arsenal attendait son nouveau propriétaire.
- Lola, vous allez porter la grande valise verte avec l'inscription jaune. Ernesto, embarque l'espèce de tromblon qui traîne à tes pieds.
- Tu plaisantes ou quoi ? C'est un flingue de la guerre de Crimée ton merdier.
- Mon pote, ce machin-là, c'est une carabine De Lille. Modèle à silencieux.
Calibre 11,43. Une sournoise. Elle te rectifie un sanglier en faisant moins de bruit qu'un pêt de moineau. Un vrai truc de ninjah.

Tout en terminant ce descriptif laudateur, Erwan Kermarec venait de se saisir d'une arme qui semblait taillée pour les grandes occasions. Ernesto Gomez ouvrait de grands yeux.
- Bordel à queue ! C'est au moins une Kalash ton bourrier !
- Tu as déjà vu une Kalash avec une croix gammée ?
- Ben c'est quoi alors ?
- Un Sturmgewehr 44.
- Un quoi ?
- Figure-toi qu'à la fin de la guerre, les Schleus avaient inventé le premier fusil d'assault des temps modernes. Un truc qui ravageait grave.
En fait, les Ruskos l'ont juste repompé et rebaptisé Kalashnikov.
- Nan ?
- Si. Et accroche-toi : la version originale est chambrée en 9,92 mm. Alors j'aime autant dire que maintenant, on a du répondant. Le premier qui ricane, je le bitumastique.





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