Kermarec n'avait jamais lu Goethe dans le texte. Mais il avait quand même compris que la Werhmacht lui faissait grassement
cadeau de 14 grenades à main, modèle 1924.
- Ernesto, je t'explique. Tu dévisses le bout du manche. Tu tires sur le fil un bon coup sec. Et tu balances le plus loin possible.
- Compte sur moi hombre.
Dans son jeune temps, l'inspecteur Gomez avait vaguement trainaillé dans un groupuscule d'anti-nucléaires surgénérés. Il y en
avait conservé une certaine adresse dans le catapultage de cocktails molotov. Et son pantalon humide lui rappelait qu'il avait un compte à régler. Alors les trois premières grenades ont sérieusement remembré le paysage. Au fond de l'atelier, une jambe anonyme et orpheline pendouillait sur le carter d'une machine-outil qui elle-même finissait d'agoniser dans une flaque d'huile mal raffinée. Par dessus tout ça flottait comme comme un remugle d'alginate de trolamine trop émulsifiée.
- Dis donc, plus personne ne bronche dans ce bourrier.
- Mumm.
- On décoince ?
- Doucement Rambo, ça schlingue le traquenard.
- Erwan, le gamin se vide. Il lui faut un hosto rapidos. Sinon il crève.
- Trop risqué mec. On va se faire tiré comme des lapins.
- Pas le choix.
- Si. On ne bouge pas.
- Erwan. Tu ne peux pas faire ça.
- Faire quoi ? Ramasser du plomb pour essayer d'évacuer un blessé qui de toute façon sera mort dans cinq minutes ?
Lola est intervenue dans la conversation. Ses yeux de chatte semblaient habitués à demander des services.
- Erwan, je crois que votre ami a raison.
- D'abord, ce n'est pas mon ami. Tout juste un collègue.
- Erwan, je vous en prie.
La jeune femme fixait l'inspecteur dans l'attente d'une réponse qui ne venait pas. Le policier évitait de la regarder. Le staccato d'une
mitraillette Sten est venu mettre un terme à son embarras.
- Ernesto, bazarde-moi tes suppositoires.
Kermarec a profité de l'explosion de la quatrième grenade pour faire un bon vers la sortie de l'atelier.
