Chapitre 7
Gomez a quitté l'appartement
vers 20h. Sa femme lui faisait des scènes dantesques quand il
rentrait trop tard. En général, son dîner terminait
alors dans la gamelle du kleps, un Matin de Naples qui avalait ses 5 kgs de
barbaque en moins d'un quart d'heure.
Kermarec qui n'avait ni femme, ni chien, ni faim décida de rester
fouiner dans la paperasse. Au bout d'une heure, il avait mis de
côté quatre nouveaux documents. La facture d'un fournisseur
d'accès au réseau Internet pour une durée d'un an. Un
contrat de location d'une camionnette Mercedes pour le week end. Une lettre
de la mère de la victime. Et une carte postale expédiée
il y a une semaine d'Amsterdam et signée Marie. "J'aurais
tellement voulu. Mais tu dois avoir tes raisons. Je t'aime.".
Après avoir lu ces trois phrases, Kermarec sortit
immédiatement pour se précipiter chez lui. Il n'habitait
qu'à 15 minutes de la place Sainte-Anne en boîtant vite. Il
était de retour vers 21h, un sandwich dans la main, un sac à
dos sur l'épaule. A l'intérieur : un couchage, une trousse de
toilette, un téléphone et un paquet de Camel. Il ne fumait
que depuis peu. Pendant des années il avait gonflé les rangs
de ces rabats-joie qui dégainent la menace du cancer dès
qu'un malheureux tente de s'en griller une. Mais tout cela n'avait plus de
sens. Maintenant, l'Ankou pouvait passer quand il voulait.

Il avait décidé de passer la nuit sur place, histoire de
s'imprégner des lieux... Il était 22h31 quand le
téléphone retentit. Kermarec avait vécu dans cet
espoir et cette crainte. Une voix féminine murmurait à
l'autre bout de la ligne.
-Éric.
-Non. C'est Erwann.
-Ah... heu... bon, je voulais parler à Éric.
-C'est de la part de Marie ?
-Il vous a parlé de moi ?
BINGO !
-Non. Mais j'ai vu la carte postale. Vous êtes toujours en Hollande ?
-Non. Je suis rentré à Paris depuis dimanche soir. J'ai
essayé de téléphoner plein de fois mais c'était
en dérangement. Et j'ai beau poster des mails, j'ai pas de
réponse. Mais au fait, vous êtes qui vous ?
MERDE.
Par expérience, Kermarec savait qu'il abordait une
partie délicate. Et que de toute façon, cela ne se passerait
pas bien.
-Je m'appelle Erwann Kermarec. J'ai quelque chose à vous apprendre...
-Il ne veut plus me voir, c'est ça ? Il n'a pas le courage de me le
dire et il vous refile la corvée, c'est carrément
dégueu...
-Marie. Arrêtez. Ce n'est pas ça. Éric est
décédé.
-Quoi ?
-Je vais vous...
CLIC
La fille avait raccrochée. L'inspecteur faisait tourner ses neurones
à plein régime pour bien emmagasiner toutes les informations
qu'il venait de recueillir.
Marie. Parisienne. Rentrée d'Amsterdam. Utilise le courrier
électronique.

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