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Discographie

NEKO CASE. « Fox Confessor Brings The Flood » (2006). Mint Records

En 2006, le mensuel « Exclaim! », référence musicale pancanadienne disposée gratuitement dans tous les bons bistrots, cette feuille de chou anglophone branchée qui chroniquait la bagatelle de deux cent albums différents chaque mois décernait à « Fox Confessor Brings The Flood » sa palme de meilleur album folk de l'année


Je me félicitai de ne pas avoir attendu ce verdict pour me l'être mis sous la main et entre les oreilles. Creusant la question de la country alternative depuis quelque temps, j'avais rencontré le nom de Neko Case dans un papelard québécois. Il était solidement flanqué d'épithètes bien foutus. Il faut dire que nos cousins canadiens prennent la musique autrement au sérieux qu'ici, et si la France d'en haut, d'en bas, de biais et de traviole ne connaît guère de ce pays que la variétaille quétaine des Garou, Céline et autres abominations, le tort me paraît davantage imputable au légendaire goût de chiotte français qu'à un soit-disant incultisme des siroteurs d'érable. D'ailleurs le Canada est dignement représenté sur cet album par les frères Good, fines gâchettes des Sadies, et le vénérable Garth Hudson, ancien du Band. Participent également au disque trois figures emblématiques de la scène de Tucson, Arizona : Howe Gelb (Giant Sand), Joey Burns et John Convertino (soit le multi-instrumentaliste et le batteur géniaux de Calexico). Si, comme ces derniers, Case est une citoyenne américaine, elle n'en passe pas moins beaucoup de temps de l'autre côté de la frontière, notamment pour chanter sur les disques du groupe électro-pop de Vancouver, The New Pornographers.

Case grandit avec ses parents sur la base militaire de Tacoma, dans l'état de Washington. À la fin de l'adolescence, elle se rend à Vancouver au Canada pour y effectuer ses études. Elle y rencontre des musiciens avec lesquels elle enregistre en 1997 un premier album, « The Virginian », sous le nom de Neko Case & Her Boyfriends. En 2000, elle participe au premier album des New Pornographers, « Mass Romance », et sort un second album solo intitulé « Furnace Room Lullaby ». La presse parle de « country noir » pour définir son style sur ces premiers albums. En 2002, « Blacklisted » s'attire les faveurs des critiques. De toute évidence, la rouquine flamboyante essaie très fort de s'affranchir du modèle de ses aïeules Loretta Lynn et Patsy Cline, comme de ses contemporaines Sarah McLachlan et Tori Amos. L'originalité y est, manquent les chansons.

« Fox Confessor Brings The Flood », l'album qui nous intéresse, voit le jour en 2006. Difficile de mettre une étiquette sur cette musique qui évoque autant Lewis Carrol que Lucinda Williams. Titre abstrus. Étrange illustration d'une fillette aux pieds de biche portant une tête décapitée, entourée de renards attentifs, apparentée aux êtres merveilleux et inquiétants ornant comme autant d'avertissements les jaquettes des livres de contes. Bienvenue de l'autre côté du tympan. Oyez la fable cruelle de deux fillettes, l'une gâtée, l'autre spoliée par la destinée injuste. « Everything's so easy for Pauline... » (« Margaret Vs. Pauline »). Plus tard, Margaret a grandi, elle est devenue une Thelma dans une Amérique surannée de vieilles bagnoles, de thermos et de blue jeans. Thelma a vu le loup: « Hey there, there's such tender wolves 'round the town tonight », constate t-elle avec une appréhension mêlée d'excitation (« Star Witness »). Une très sexuelle fascination pour les animaux sauvages imprègne les sillons de ce disque, complètement assumée. Figure centrale d'un panthéisme très personnel, le renard endosse un rôle de confesseur et de prophète, annonçant « the death of your civilization ». Des obsessions morbides percent çà et là comme des objets contondants. Tel ce « Dirty Knife » qui fait couler des arpèges sanguinolents dans une agonie panique - « and the blood runs crazy... with giant strides... ». Le meurtre est gratuit mais la chanson n'a pas de prix. À l'inverse, la mort remplit une fonction didactique dans la fable « Maybe Sparrow », punissant « those who cannot hear the words, those who will not hear the words... ». Ceux qui ont des oreilles pour entendre seront récompensés par une somptuosité mélodique hors du commun.

« Hold On, Hold On » est une profession d'amour sans ambages envers le diable, allégorie   de l'animalité et de la morbidité: « now it's the devil I love, and it's as funny as real love, and that's as real as true love ». Plus loin, Case se réconcilie avec le bon Dieu et ses saints en réinterprétant une folksong chrétienne avec une belle ferveur (« John Saw That Number »). Le voyage s'achève sur un atterrissage leste et enjoué (« The Needle Has Landed »). Les effets de ce philtre musical persistent longtemps après absorption, imprégnant l'imagination comme une lecture féerique. Ils se traduisent par une inclination à désencager la faune et se tapir dans les parkings pour faire « bouh » aux gens sortant des supermarchés.

On appelle ça de la magie. 

 

publié le 12-06-2009

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