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à la centrale électrique
1er épisode : la rencontre Juin 1976.
Le défilé de la fête de la jeunesse bat son plein, il y a
du monde, il fait beau, shorts blancs, polos blancs, écussons
des écoles brodés, bannières, fanfares … Oui, je distingue
encore tout le ridicule et la vague impression de perdre son
temps qui flottait ce jour là. Je pense à tous les vers de
terre que je vais introduire sous les polos des filles, je
marche au pas, bref, je me fais ch…, comme tous mes camarades
de classe, d'ailleurs.
A mon côté, un véhicule équipé d'un haut-parleur déverse du
Boney M, Michel Sardou, Gérard Lenormand, les Wings … Soudain,
je prends ma première claque auditive depuis les Beatles (il
est vrai qu'à dix ans, on n'a pas une culture musicale très
étendue) ! " Radio-acti-vity titititittitititititi is in zi
air for you and mi titititittitititititi " c'est très froid,
robotique, il y a des bruits, mais ça plane et la mélodie
est imparable… En un mot, c'est de la science-fiction ! Je
fonce dès le lendemain me payer le 45 tours avec mon argent
de poche du trimestre.
2ème épisode : on apprend
à se connaître !
De manière tout à fait
improbable, cette année 76 voit Kraftwerk entrer au
hit parade avec " Radioactivity ", hymne au progrès
technologique et musical, au beau milieu de morceaux taillés
pour les charts, et permet ainsi à un large public
de faire connaissance avec la musique électronique
sans l'obligation de se fader " Pop Corn (1) ".
Nous sommes donc abreuvés de ce petit chef-d'uvre
tout au long de l'année.
3ème épisode : nous vieillirons
ensemble
Kraftwerk, : groupe de Düsseldorf
fondé en 1970 par Ralph Hütler et Florian Schneider-Esleben,
alors étudiants en musique et passionnés par
la musique improvisée (!). Un premier groupe, The Organisation,
3 albums en forme de balbutiements,et puis leur quatrième
opus dédié à l'autoroute (2) paru en
1974 et radioactivity en 1975 jettent les bases de ce qui
deviendra la " pop robotique ". S'ensuivent les
miracles de pop minimalistes que sont " Trans Europe
express " (1977) " The man machine " (1978)
et " Computer World " (1981), véritables
hymnes moogiens à la modernité, apportant leurs
visions et réflexions sur le progrès technologique,
la déshumanisation et autres vicissitudes de la société
moderne.
Puisant leur inspiration aussi bien dans Stockhausen ou Russolo
que dans les Beach Boys ou Terry Riley, les Kraftwerk s'inscrivent
pleinement dans le renouveau de la musique allemande qui a
pour nom Can, Neu, Amon Düll ou Faust. A Kling Klang,
studio d'enregistrement désormais mythique, ils repoussent
pendant une décennie les limites de leurs machines,
explorant des territoires sonores jusqu'alors inconnus, empêchant
le synthétiseur de devenir exclusivement l'apanage
de Jean Michel Jarre ou d'Andreas Vollenweider. En outre,
l'esthétique constructivisto-postindustrielle et futuriste
qu'ils développent au fil des pochettes représente
un modèle pour bien des groupes électro-industriels
, parfois très commerciaux, quelques années
plus tard (3)
A la fin des années
70, une kyrielle de groupes électro voit le jour en
Allemagne(4), certes, mais aussi un peu partout en Europe
: Front 242 ouvrira la voie de l'Electronic Body Music en
Belgique (6), Cabaret Voltaire (7) et Throbbing Gristle créeront
la musique industrielle en Angleterre (8), Yello et Devo fabriqueront
l'électro-pop désaxée qu'on leur connaît
aux USA.
Epilogue : loin des yeux, loin du cur !
Premier album réalisé
avec un son digital, Electric Café marque le début
de la fin pour Kraftwerk : moins pertinent que ses prédécesseurs,
plus propre, plus tubesque, moins poétique
Le
succès commercial est au rendez-vous, mais le disque
ne remporte pas les suffrages des amateurs de la première
heure.
Ce qu'il reste de tout ça, c'est ce que font les très
grands de l'histoire de la pop : donner envie à plein
de gens de faire ou d'écouter de la musique.
Kraftwerk passe samedi
prochain aux Transmusicales. J'y serai, avec un truc en plus
qui n'appartient qu'à moi.
(1) Pop Corn : Hot Butter - 1972
(2) Autobahn - Vertigo 1974
(3) Zang Tum Tum, Art of Noise, Propaganda, Primalinea
(4) Citons Die Krupps, DAF, Der Plan pour les principaux
(5) 1er album à (re)découvrir : Geography -
1981
(6) Mix-up - 1979
(7) 20 jazz funk greatest hits - 1978
par Yves
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